Pegida et la « presse menteuse »

Les manifestants anti-islam de Dresde ont déclaré la guerre aux journalistes, accusés de mensonge et de complicité avec le pouvoir politique. Et pourtant, les médias sont de plus en plus nombreux à relayer leur mobilisation, quitte à se faire huer.

15 000 en décembre, 18 000 début janvier, 25 000 lundi… A Dresde, les défilés hebdomadaires de Pegida continuent de gagner du terrain. L’actualité anxiogène des derniers jours – les attentats en France mais aussi l’incendie d’un journal de Hambourg qui avait republié des caricatures de Charlie Hebdo – semble donner des ailes aux islamophobes, qui s’estiment confortés dans leur combat « contre l’islamisation de l’Occident ».

Les médias allemands, pris de court en décembre par la montée en puissance de ce phénomène parti d’une simple page Facebook, assurent désormais une couverture maximale tous les lundis dans la capitale de Saxe. Camions-régie, envoyés spéciaux en direct, toute la presse fait le déplacement, ainsi que les correspondants étrangers (j’y ai croisé lundi la plupart de mes confrères français), tous curieux d’observer de l’intérieur la dynamique de ce mouvement qui prospère et inquiète l’Allemagne.

Le défilé de lundi, annoncé comme un hommage aux victimes du terrorisme – et vilipendé par les anti-Pegida comme une récupération honteuse des attentats – a donné lieu à des scènes pour le moins incongrues : des portraits de Charb, Wolinski ou Bernard Maris portés en étendard, des slogans en faveur de la liberté de la presse (« vous ne tuerez pas notre liberté »)… Voir les Pegida s’ériger en défenseurs des journalistes, eux qui passent leur temps à cracher sur la presse, a quelque chose de cocasse : tout cela prêterait à rire si la situation n’était pas si tragique.

« Lügen Presse », la presse menteuse, c’est l’un des slogans favoris des manifestants, repris en chœur à chacun de leurs rassemblements. Les journalistes, associés aux politiques dans leur rejet global du système, sont accusés de vouloir faire passer Pegida pour une bande de néo-nazis, et de déformer les propos des militants. En décembre, un reportage télé de l’ARD a été tellement critiqué par Pegida que la chaîne publique a réagi en diffusant sur le Net l’intégralité de ses rushs

Régulièrement, des confrères se font apostropher ou éconduire par des manifestants qui refusent de leur répondre. Il semble toutefois que la consigne soit passée parmi les manifestants de ne plus boycotter la presse, comme c’était le cas les semaines précédentes. Mais chassez le naturel, il revient au galop : une collègue de la BBC a eu maille à partir ce lundi avec le sulfureux fondateur de Pegida Lutz Bachmann, comme elle le raconte sur Twitter :

 

Cette stratégie du tous pourris rappelle les méthodes du Front National en France. Mais si une partie des Allemands peut être séduite par la rhétorique anti-système de Pegida, l’autre y voit une raison supplémentaire de combattre l’intolérance et l’étroitesse d’esprit des manifestants de Dresde. Clin d’oeil amusant : l’expression « Lügen Presse » vient d’être désignée anti-mot de l’année 2014 en Allemagne par un jury de linguistes.

Vos commentaires

Réagir à l’article
  1. Martin Wirbelauer

    Tout d’abord, il faudra savoir que dans le « Land » de Saxonie où se trouve Dresden, seulement 2% de la population sont d’origine non-allemande et que moins que 0,1% sont des musulmans. Il n’y a donc aucune raison pour les adhérants de « Pegida » de manifester.
    Heureusement, les citoyens allemands manifestant pour une Allemagne ouvert et non-xénophobe sont beaucoup plus nombreux.
    Les gens manifestant à Dresden suivent un « leader » condamné pour trafic de drogues et beaucoup d’autres délits qui a montré ses vraies intentions en se faisant fotografier comme « Hitler » et en donnant de commentaires grossièrement xénophobes et racistes sur facebook. Quand les manifestant parlent de « Lügenpresse » (presse menteuse) il utilisent du vocabulaire des nazis.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *