Les centrales au charbon dans la tourmente

Pointées du doigt pendant le pic de pollution de ces derniers jours en France, les centrales thermiques allemandes sont parmi les plus polluantes d’Europe. Un mauvais point pour Berlin qui entend faire figure d’exemple en matière de transition énergétique.

C’est un effet collatéral de l’Energiewende, la transition énergétique allemande. Pour réussir sa sortie du nucléaire, décidée par Angela Merkel en 2011 après la catastrophe de Fukushima, l’Allemagne a encouragé la consommation de charbon, une énergie bon marché et abondante dans son sous-sol. Résultat : le charbon (et le lignite) représente encore près de 45 % du mix énergétique allemand, contre 28 % de renouvelables (éolien, photovoltaïque…).

Mais la dépendance allemande au charbon a un coût environnemental. Selon une étude de l’association WWF en 2014, l’Allemagne possède quatre des cinq centrales thermiques les plus polluantes d’Europe, dont deux sont situées dans l’ouest du pays, à Neurath et Niederaussem, à proximité de la France. Ces deux installations appartiennent à l’électricien RWE, le n°2 allemand du secteur de l’énergie.

Difficile dans ce contexte de tenir les objectifs de réduction de gaz à effet de serre. L’Allemagne a donc dû prendre des mesures. Le ministre de l’économie et de l’énergie Sigmar Gabriel, a précisé sa feuille de route la semaine dernière. Objectif : une baisse de 22 millions de tonnes de CO2 à l’horizon 2020. Pour y parvenir, le gouvernement entend faire porter l’essentiel des efforts sur le charbon. Les centrales les plus polluantes pourraient être amenés à réduire leur production, voire à fermer leurs portes.

Cette décision suscite la colère des géants de l’électricité, qui s’estiment déjà lourdement pénalisés par le soutien de l’Allemagne aux renouvelables. Le groupe RWE s’est fendu d’un communiqué, dans lequel il tire la sonnette d’alarme : 30 000 emplois seraient directement menacés (70 000 en comptant les sous-traitants et fournisseurs) et le manque à gagner est estimé à 8 milliards d’euros.

De son côté, le groupe public suédois Vatenfall, autre acteur majeur du secteur énergétique allemand, a pris une décision radicale : la mise en vente ses actifs dans le charbon. Là encore, plusieurs milliers d’emplois sont menacés, plus particulièrement dans l’ex-RDA où se trouvent les centrales de Vatenfall, elles aussi extrêmement polluantes.

Les partisans de l’Energiewende assurent qu’il ne s’agit que d’une période transitoire. A l’horizon 2050, l’objectif de l’Allemagne est très ambitieux : parvenir à 80 % d’énergies renouvelables, et 20 % de gaz. Et le charbon dans tout ça ? Ce pilier de la tradition industrielle allemande serait voué à disparaître ? Encore faut-il que l’Allemagne accepte d’en payer le prix.

Vos commentaires

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  1. BOUDULEBLE

    Plié de rire. Quand on a dit aux écolos que la décision de fermer les centrales nucléaires en Allemagne était une catastrophe écologique, ils n’ont rien compris à ce qu’on leur racontait. Eh bien maintenant, ils comprennent ! Il leur en a fallu du temps. Mais le rêve continue…. soutenir un pays comme l’Allemagne, avec le taux d’évolution de la population, et un taux de croissance qu’ils voudraient positif, c’est complètement illusoire sans recours à une production d’énergie de masse. Mais on en reparlera dans quelques années…. lol

    • equitéum

      Que nos déchets nucléaires pourrissent la vie des générations futurs ne gênent en rien les nucléides chroniques que sont les pro-nucléaires mais que les fumées des centrales au charbon viennent enfumer leurs gentils poumons alors là, çà c’est vraiment intolérable pour eux. Le plutonium c’est bon pour la santé ….

      • BOUDULEBLE

        Même en tenant compte des difficultés techniques, des contraintes et des coûts, il est toujours plus « facile » de gérer des déchets nucléaires.
        Une fois le CO2 dans l’atmosphère, allez donc le récupérer !
        Même la séquestration, on commence à se rendre compte que c’est quasi impossible.
        Je ne suis pas spécialement « pour » la fission nucléaire. En revanche, je suis « pour » la fusion nucléaire, totalement sans déchet, et propre. Quand il faudra produire de l’énergie pour 10 milliards d’individus, on en reparlera. En attendant, dépêchez-vous de voter les budgets d’ITER, un programme qui peut sauver l’humanité…

  2. Frédéric Mora

    Du fait de l’intermittence des énergies renouvelables, les allemands doivent payer les suisses (et les danois les norvégiens) pour qu’ils prennent le surplus, pour remonter l’eau dans leurs barrages. Et faire payer le prix fort dans l’autre sens …
    Déjà 28% est très difficile à gérer (les voisins veulent mettre fin à l’interconnexion en courant alternatif), alors 80% !
    Les fournisseurs, encore plus pénalisés par le surcoût des renouvelables), ne veulent pas investir dans les centrales à gaz : uniquement pour compenser l’intermittence, elle ne tourneraient pas assez, et ne seraient pas rentables …

  3. farzatao

    je voudrais savoir quelle énergie utilisent nos élus, ex-ministres et ministrables verts, EELV et autres pour se chauffer. je ne voudrais pas entendre qu’ils se chauffent au nucléaire dangereux par ses déchets et leur stockage), ni au bois (particules fines), ni au charbon (la bonne blague allemande !), ni même le gaz en provenance de l’antidémocratique Russie ou de l’affreuse Algérie totalitaire,… pas de chauffage alors?

    • Poulbot

      ils utilisent sans doute l’éolien difficilement maitrisable car dépendant de la vitesse du vent ou bien de panneau solaire , dépendant cette fois du soleil .
      les écolo ne ce demande absolument pas comment sont fabriquer ses outils de productions, ni même comment les recyclés en fin de vie , ni combien coute réellement leurs entretiens et leur fabrication. « nos » écologistes devraient prendre le temps de regarder une carte aérienne de l’Allemagne pour ce rendre compte du désastre écologique que l’exploitation de la lignite représente , a certains endroit des villages on été déplacer pour permettre l’exploitation de la mine a ciel ouvert ; on s’aperçoit également du désastre humains que cela représente par le déplacement des populations .

  4. kw

    Cet article écrit tout et son contraire !
    Le charbon est bel et bien entrain de baisser (la feuille de route tend juste à accentuer la baisse) et les emplois perdus sont largement compensés par les emplois trouvés dans le renouvelable. Chercher envers et contre les faits à essayer de démontrer l’inverse tien juste du ridicule.

  5. QDL

    Le vrai problème n’est pas le manque d’énergie, mais la surpopulation humaine. Le manque d’énergie n’est qu’une conséquence logique de notre fuite en avant, mais cela, aucune secte officielle ou officieuse n’ira le dénoncer… Les lapins aussi se reproduisent sans compter, mais eux, ils ont des prédateurs !
    Bref, nucléaire ou charbon n’est pas la question. Quand l’humanité aura brûlé son stock viendra l’heure des comptes. Les guerres actuelles sont déjà des guerres de ressource – il faut le rappeler à certains… Et quand les armes biologiques sortiront de leurs laboratoires, l’être humain aura vécu !

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