Place des femmes : l’Allemagne à la traîne

Le Bundestag vient d’adopter une loi instaurant un quota de femmes aux postes de direction des grandes entreprises. Un bon début. Mais en matière d’égalité hommes-femmes, le modèle économique allemand laisse à désirer.

C’est un courrier inhabituel qu’a reçu Angela Merkel à l’occasion de la Journée Internationale du Droit des Femmes. La lettre, signée par 36 personnalités – parmi lesquelles la chanteuse Lady Gaga et l’actrice hollywoodienne Meryl Streep – appelle la Chancelière allemande, aux commandes du G7 cette année, à mettre la condition des femmes au cœur de ses priorités. L’urgence, selon les signataires, porte sur l’amélioration de l’accès aux soins et à l’éducation dans les pays en développement.

En Allemagne, c’est la place des femmes dans les entreprises qui pose question. En 2015, la première économie européenne est encore à la traîne. Pour tenter de combler son retard, le pays vient de se doter d’une loi, portée à bout de bras par la ministre de la famille Manuel Schwesig (SPD). Adopté vendredi 6 mars par le Bundestag, ce texte instaure des quotas 30 % de femmes aux conseils de surveillance des grandes entreprises. 108 sociétés cotées en Bourse seront concernées dès 2016.

Pour le ministre de la justice Heiko Maas (lui aussi SPD) il s’agit rien moins que de «la plus importante contribution à l’égalité des sexes depuis l’introduction du droit de vote pour les femmes». Dans le camp socio-démocrate, on se réjouit d’avoir fait voter les conservateurs de la CDU, le parti d’Angela Merkel, jusque-là réticents. Beaucoup moins enthousiastes, les écologistes et la gauche radicale (Die Linke) dénoncent un projet trop timide, qui ne changera rien à la situation des femmes en général.

Comme l’ont montré de nombreuses études ces dernières années, le plus dur reste à faire. Selon un sondage du syndicat IG Metall, 78 % des personnes interrogées estiment que les femmes allemandes sont toujours défavorisées en terme d’accès aux postes à responsabilité et de rémunération. Les chiffres dévoilés ce lundi montrent que l’Allemagne est parmi les plus mauvais élèves de l’Union Europénne en terme d’égalité des salaires :

C’est le prochain chantier de la ministre Manuel Schwesig : un projet de loi sur l’égalité salariale est en préparation. Mais là aussi, il faudra convaincre l’aile dure des conservateurs – et notamment les bavarois de la CSU – qui redoutent les efferts pervers d’une telle loi pour l’économie, et restent très attachés à une vision toute traditionnelle de la famille allemande.

Vos commentaires

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  1. Manola Romalo

    Serait-ce un lapsus révélateur? « la ministre de la famille Manuel Schwesig (SPD). » Son prénom est bien: « Manuela »

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