Les « gueules noires » d’ Oulan Bator.

la yourte de Dogoo la yourte de Dogoo

Oulan Bator concentre la moitié de la population de la Mongolie,1,5 millions d’habitants. Les nomades éleveurs sont arrivés massivement aux portes de la capitale après l’hiver 2010 qui a ruiné leurs troupeaux et ont installé leurs « gers » ( yourtes) en ville. Ils avaient droit à 700 metres carrés dans des zones cadastrées. Les arrivants ont vite cerné de palissades les terrains qu’ils convoitaient jusqu’à saturation. Le gouverneur de la ville a  entrepris la construction de milliers de logement et leur a proposé de céder leur terrain contre 40 mètres carrés d’habitat en dur par adultes ce qu’ils ont refusé pour la plupart.  Dogoo en costume bordeaux sur la photo a 63 ans, elle est la mère de 6 enfants et la grand mère de 23 petits enfants dont deux petites filles scolarisées en ville. La moitié de la famille vit encore dans la steppe. En 5 ans depuis qu’elle est arrivée, elle est devenue nomade en ville, changeant de place sa yourte pour se rapprocher des écoles. Il lui arrive de passer la nuit en appartement au centre ville chez une amie pour que les enfants ne ratent ps l’école mais elle revient toujours à sa yourte. il y en a 400 000 en ville, chauffées au poele à charbon traditionnel. L’hiver quand il fait facilement moins 10°, le feu est allumé le soir. Un sac de charbon acheté sur le trottoir permet de se chauffer pendant 5 heures. Le matin au réveil dans la cuvette d’Oulan Bator cernée par quatre montagnes, la densité en particules fines de PM 2.5 dépasse 1800 par metre cube d’air. C’est la capitale la plus carbonée du monde.

fumées fumées

Oulan Bator a conservé de son passé soviétique un systeme de chauffage urbain à la vapeur avec une grande déperdition d’énergie. Le batiment ancien n’a pas de thermostat. Seuls 50% des besoins en chauffage sont assurés. Quatre centrales thermiques au charbon crachent leurs fumées et GDF/Suez Engie vient de signer pour la construction d’une cinquième centrale dite de cogénération. Les petits matins ont le gout du charbon et des NOX dégagés par un parc automobile constitué de moteurs diesel importés du Japon qui trouve la le moyen de se débarrasser de ses voitures d’occasion. A l’école n° 16 on vend aux enfants des cocktails de bulles d’oxygène au jus de pomme baptisés O2.  Le charbon mongole a tellement baissé de prix avec la crise de la sidérurgie en Chine qu’il est redevenu le combustible incontournable de la classe urbaine moyenne.On part se ravitailler le dimanche en camionette à la mine proche de 50 kilometres et on rapporte pour 250 euros de lignite en bloc. Deux voyages suffisent. Des familles se sont spécialisées dans le concassage et dans la mise en sac dans les rues.

On est repassé du chauffage électrique au sol dans certaines maisons au chauffage au charbon pour raisons d’économie. Les familles avec enfants en bas age  qui le peuvent quittent la ville pour diminuer le risque de bronchites chroniques et les crises d’asthme. L’espérance de vie moyenne en Mongolie est l’une des plus basses en Asie, moins de 60 ans. La capitale étouffe.  L’ong mongole « MAPPING » a commencé par s’intéresser au zonage des points d’eau potables pour concentrer les migrants qui arrivent toujours par dizaines de milliers dans des zones viables. Manquent l’adduction d’eau et le chauffage. Cette ONG aide à choisir des lieux de puisage pour aller chercher de l’eau payante à 100 mètres au pied des collines . L’eau qui ruisselle des collines est gravement polluée par l’accumulation des déchets. La première usine d’incinération japonaise ne fonctionne pas. Il est maintenant interdit d’élever des troupeaux d’animaux en ville mais la ville et ses champs de déchets gagnent du terrain et rejoignent la steppe.

 

la sur le tas

point de vue Oulan Bator

concassage de la houille concassage de la houille

 
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L'auteur

Depuis Pékin, Philippe Reltien couvre l'actualité de la Chine et de sa région.

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Vos commentaires

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  1. enfaitpourquoi

    Reportage superbement étayé, conséquences clairement analysées… de ce terrible état de la situation écologique à Oulan Bator.
    Dommage que la Mongolie suive le même chemin que la Chine… autrefois on ne pouvait pas voir le ciel bleu à Shanghai; c’est bien mieux de nos jours; quand je suis arrivé en 2006 l’eau dans la baignoire était jaune à Pudong… deux ans après c’était résolu; mais il y a tellement à faire encore à l’intérieur de la Chine, et dans certaines villes entourées d’usines polluantes… – sans parler du problème fe dépollution des rivières actuellement, archi polluées… – bien sûr une génération étalée de Chinois va souffrir de cancers et d’autres maladies graves, et donc verra sa longévité diminuée; dommage, vraiment dommage qu’il semble ne pas y avoir d’autres alternatives pour la Mongolie.

  2. reltien

    merci pour eux, ces gens la sont des lutteurs qui méritent un coup de main.

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