« Sale Traitre »

En Israël c’est une affaire qui agit à la fois comme un poison et un révélateur. Une affaire qui marque les frontières invisibles qui cisaillent aujourd’hui la société et l’état d’Israël.

Elle est incarnée par un jeune Franco-Israélien de 19 ans. Le sergent elior Azaria est sorti de l’anonymat en mars dernier, filmé par un activiste dans le chaudron d’Hébron, en train d ‘achever d’une balle dans la tête un Palestinien blessé auteur d’une attaque contre un soldat à un moment ou la vague de violence était encore bouillante.

Dans un reflexe quasiment maternel pour reprendre l’expression du politologue Denis Charbit, l’opinion publique, la droite et l’extrême droite on protestés jusque dans la rue contre l’ouverture d’une procédure criminelle devant un tribunal militaire, soutenue alors à bout de bras par le chef d’état major et le ministre de la défense de l’époque laissés seuls dans l’arène.

Ce chapitre dans ce qui deviens un long feuilleton sur l’état de santé démocratique d’Israël à marqué une césure politique. Il a fait apparaître une nouvelle figure à droite. Celle de Moshe Yaalon, ministre de la défense, engagé alors dans un combat dans ces propres frontières pour l’éthique, la morale, et le respect des institutions d’Israël.

Moshe Yaalon, homme de la vieille élite comme l’écrit Nahum Barnea puise son modèle dans les racines du Likoud: moral et sécuritaire. Il renvoi par effet de miroir l’état dans lequel se trouve aujourd’hui le parti au pouvoir. Plombé sur son flanc droit par les nationalistes religieux. Dirigé par l’hégémonique Benyamin Netanyahu qui fait le choix dans ce dossier d’appeler les parents du soldat Azaria pour les rassurer, prenant de fait appuis sur le courant ascendant.

La semaine dernière la défense du sergent s’est effondrée. Le commandant de compagnie, le major Tom Naaman a accablé le jeune soldat. Il a confirmé ce que les images de la vidéo indiquent depuis le début : qu’il n’y avait aucune justification à tirer. Et que la volonté de l’appelé était d’achever le Palestinien.

Depuis le commandant de compagnie est menacé sur les réseaux sociaux. Son numéro de téléphone a été diffusé. Un homme de 34 ans a été interrogé par la police. Il a posté des menaces sur Facebook dans lesquelles il traite de commandant de « sale traitre » « s’il était mon commandant de compagnie, il ne serait plus capable de marcher sur ses deux jambes. »

C’est une autre justice qui se met alors en marche. Yossi Yehoshua écrit que le pays est dans une situation ou celui qui témoigne prend le risque d’être convoqué devant la cour martiale de Facebook. Le ministre de la défense en a déjà été victime, le président aussi dans une affaire liée aux groupes d’extrême droite.

La marque rouge du traitre matérialise une ligne de fracture. Elle a été utilisée il y a quelques mois contre les ONG anti occupation.

Le commandant Naaman a reçu le soutien du nouveau ministre de la défense. Avigdor Lieberman a fait savoir qu’il s’opposait à toute attaque ou insulte lancée contre un officier de l’armée. Il a déjà de l’avance dans la défense des soldats. Il y a presque 3 mois, avant de prendre le fauteuil de Moshe Yaalon, il était au coté des manifestants devant la cour militaire pour tenter de faire barrage aux poursuites engagées contre le sergent Azaria qualifié alors par ses supporters de hero d’Israël.

 
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