En studio à la Somerset House avec PJ Harvey

Surprendre un artiste dans son atelier. Qui n’en a jamais rêvé ? C’est ce que propose en ce moment la Somerset House, majestueux bâtiment néoclassique sur le Strand, près de Trafalgar Square.

Un studio éphémère a été installé dans les sous-sols de l’aile ouest. Ici, depuis le 16 janvier, Polly Jean Harvey enregistre en public son 9ème album studio, le premier depuis Let England Shake en 2011. Pour assister aux sessions, il faut avoir obtenu l’un des 3000 sésames qui se sont arrachés en quelques heures début janvier.

PJ Harvey © Seamus Murphy PJ Harvey © Seamus Murphy

Première bonne surprise, le public ne peut entrer que par petits groupes d’une quarantaine de personnes. Il s’agit d’un spectacle intime, presque privé, comme une invitation à domicile. Après vous avoir délesté de votre portable, une assistante vous guide dans les dédales souterrains de la Somerset House jusqu’au lieu de l’exhibition. Il est interdit de prendre des photos ou d’enregistrer quoi que ce soit.

PJ Harvey et ses musiciens travaillent dans une salle de couleur blanche assez exiguë éclairée d’une lumière vive et laiteuse dont deux des quatre murs sont parcourus de vitres sans tain. Nous les voyons, ils ne nous voient pas. C’est l’intérêt de cette sculpture vivante, constamment animée, qui interdit tout échange avec les spectateurs. Le son du studio, envahi de câbles et d’instruments de musique, nous parvient par des enceintes.

Assise au milieu de la pièce, la chanteuse anglaise attire immédiatement les regards. Vêtue de noir, sobre et élégante, elle est entourée d’hommes dont ses deux producteurs fidèles, John Parish et Flood. « Absolutely amazing », dit-elle d’une voix douce, visiblement satisfaite, après avoir réécouté une chanson.

Dix personnes s’affairent dans ce studio sous la baguette de Flood qui donne ses directives avec calme et assurance. D’après Jonathan Reekie, le directeur de la Somerset House, PJ Harvey et ceux qui l’entourent « ont très vite oublié la présence du public. Simplement, ajoute-t-il en riant, ils ne peuvent pas prendre de pause café à 11h car c’est l’heure à laquelle les spectateurs arrivent.»

L’enregistrement d’un album n’est pas une succession de performances musicales. C’est un processus long, fastidieux, ennuyeux. Pendant la session à laquelle j’ai assisté, un simple chœur d’hommes a été répété une quinzaine de fois. Mais le travail se déroule dans une atmosphère joyeuse, sereine, parfois rythmée d’éclats de rire. Une certaine idée du bonheur dans la création.

Une grande feuille de papier est affichée sur l’un des murs du studio. On y lit les noms des quinze chansons de l’album (figureront-elles toutes dans la version finale ?) : The Ministry of Social Affairs, The Age of the Dollar, The Wheel, etc. Les paroles de certaines d’entre elles, écrites à la main par PJ Harvey, sont exposées dans la pièce où se trouve le public. Trop tard pour les lire en détail, les 45 minutes de la session sont écoulées. Les assistants coupent le son du studio. Frustrant, on y aurait passé la journée.

En partant, on lit la petite brochure remise à chaque spectateur. PJ Harvey, musicienne géniale, touche-à-tout, poète, dessinatrice, sculptrice, y livre son sentiment sur ce projet unique dont elle a eu l’idée : « J’espère que les gens verront l’attention, le travail, le soin nécessaires à la conception d’un album. »

(PJ Harvey, Recording in Progress, jusqu’au 14 février 2015 à la Somerset House, à Londres. C’est complet mais quelques places sont remises en vente ponctuellement et des prolongations sont possibles.)

 

La magie des Highlands

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Punchdrunk, formidable expérience théâtrale

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Difficile d’être indulgent. Après 1h48 d’ennui, on se demande comment cet ambitieux projet a pu aboutir à un tel navet, éreinté par la critique britannique (exemples , et ).

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Voilà l’histoire, à la fois heureuse et triste, du dernier best-seller de la littérature britannique.

Heureuse car l’anecdote est croustillante. Elle s’ajoute à la longue liste des écrivains dissimulés derrière un pseudo pour tromper les critiques, faire parler de soi ou au contraire goûter à l’anonymat : Romain Gary/Emile Ajar, Stephen King/Richard Bachman, Julian Barnes/Dan Kavanagh, etc. On pense aussi à tous les éditeurs floués qui se mordent les doigts d’avoir refusé le manuscrit.

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Le UKIP (prononcer “youkip”) vient de signer le meilleur résultat de son histoire lors d’une législative partielle. Diane James recueille près de 28% des suffrages à Eastleigh, une circonscription vacante depuis la démission de l’ancien ministre libéral-démocrate Chris Huhne en raison de démêlés judiciaires. Les lib-dems, au grand soulagement du vice-Premier ministre Nick Clegg, conservent leur siège de justesse ; Mike Thornton obtient 32% des voix. Les conservateurs sont relégués à une humiliante 3ème place (25%). Les travaillistes, traditionnellement faibles dans le sud de l’Angleterre, plafonnent à 10%.