Après le triomphe de Cameron, les images de la campagne

La campagne électorale britannique n’a pas transporté les foules. Pourtant, cette course indécise que David Cameron a finalement remportée haut la main a réservé quelques moments savoureux. En voici une sélection :

1) Ed Miliband a peut-être perdu le scrutin à une semaine de l’échéance, le 30 avril, quand il a refusé d’admettre que le précédent gouvernement Labour avait trop dépensé. Le déficit public avait atteint 11% du PIB en 2010. Une conséquence, certes, de la crise financière mais Miliband aurait pu reconnaître, face au public de la BBC dans l’émission Question Time, que les travaillistes au pouvoir n’avaient rien vu venir et auraient dû être plus prudents. Sa crédibilité économique, déjà sérieusement entamée, en a pris un coup.

2) Si David Cameron avait perdu, cette photo aurait tourné en boucle. Lors d’une visite dans une école de Bolton, le Premier ministre lit une histoire à une fillette de 6 ans, pas franchement passionnée.

3) Ed Miliband, que l’on disait falot voire bizarre avec sa bouche de travers et sa voix nasillarde, a fait bonne impression dans les débats TV. Interviewé le 26 mars par le redoutable Jeremy Paxman qui le soupçonne de ne pas pouvoir tenir tête à Vladimir Poutine, le leader travailliste répond « Am I tough enough ? Hell yes, I’m tough enough ! » (Suis-je assez dur ? Oh que oui je suis assez dur !). Le Labour a même fait imprimer des t-shirts avec cette phrase.

4) Ed Miliband a eu droit à son heure de gloire sur les réseaux sociaux. De jeunes admiratrices du chef du Labour ont créé le hashtag #milifandom qui a connu un certain succès. D’inventifs photomontages ont envahi la Toile. « Le culte le plus improbable du XXIème siècle », a plaisanté Miliband dans son discours de démission.

5) Ed Miliband s’est aussi ridiculisé pendant la campagne. Cinq jours avant l’élection, il a présenté une immense stèle de pierre sur laquelle il a fait graver six promesses de campagne. Le monolithe, moqué par toute la presse, était censé décorer le jardin du 10 Downing Street.

6) David Cameron, dans un lapsus révélateur, fait passer sa carrière avant le pays : « This is a real career-defining… country-defining election » (une élection déterminante pour ma carrière… euh pour ce pays).

7) Presque plus grave au pays du football, Cameron oublie qu’il est un supporter d’Aston Villa. Lors d’un discours le 25 avril, il laisse entendre qu’il est fan de West Ham. Il semble d’ailleurs réaliser son erreur à la fin de la vidéo ci-dessous. Tout supporter sincère sait bien qu’il est impossible d’oublier son équipe de cœur. En réalité, Cameron n’aime pas le football, il est fan de cricket, mais ne peut l’admettre en Angleterre.

 

Élections britanniques : le monde à l’envers

D’une certaine manière, rien n’a changé. Il y a toujours d’un côté le parti des working people, des plus défavorisés, négligés par Westminster ; de l’autre, le parti de la responsabilité fiscale et budgétaire. Mais les rôles sont inversés. Cette fois, celui de l’ami des pauvres est tenu par les conservateurs quand celui de l’économe appliqué est incarné par le Labour.

Les sondages se refusent obstinément à désigner un vainqueur. Alors chaque camp joue son va-tout, comme le montrent les spectaculaires volte-face des derniers jours.

La campagne des Tories qui pilonnent Miliband en mettant en avant leur bilan économique et la poursuite de l’austérité manque de rêve, d’ambition, de souffle. Qu’à cela ne tienne, David Cameron et ses camarades proposent coup sur coup 8 milliards de £ par an pour sauver le système de santé (le NHS), des aides renforcées pour la garde d’enfant, un salaire minimum exonéré d’impôts, et la possibilité pour les occupants de logements sociaux d’acheter leur appartement à bon prix, résurrection d’une vieille mesure des années Thatcher. Combien ça coûte ? Au fond, peu importe. Les conservateurs savent bien que sur l’économie, les Britanniques leur font plus confiance qu’aux travaillistes. Il est donc temps, calculent-ils, de donner du rêve, d’être généreux, de se présenter, selon l’expression employée ce matin par David Cameron lors de la présentation du programme, comme « le vrai parti des travailleurs ». Changement radical de stratégie. Après 5 ans de grisaille budgétaire, à 3 semaines des élections, étonnamment, le soleil brille.

Le Labour n’est pas en reste. Sa faiblesse ? L’économie. Manque de crédibilité. Pour y remédier, le leader du parti Ed Miliband a présenté hier un programme où chaque dépense est financée. « Nous équilibrerons le budget. (…) Nous ne vivrons pas au-dessus de nos moyens. » Il est bien tard pour s’acheter une conduite budgétaire alors que l’image des travaillistes dans l’opinion reste celle d’un parti excessivement dépensier qui a conduit le pays à la ruine en 2008.

Mais dans cette campagne mollassonne, menée par deux dirigeants au charisme discutable, tout est permis, y compris endosser la tunique de l’adversaire.

Les deux camps naviguent à vue. Leurs conversions tardives le prouvent. Il fallait oser. Reste à savoir qui sortira vainqueur de ce curieux jeu de rôle. A première vue, les conservateurs mettent en péril leur arme principale, la crédibilité économique. De son côté, Ed Miliband, qui a plutôt réussi son début de campagne, semble prendre un risque mesuré. Si l’opinion est dupe, tant mieux. Si ça ne passe pas, rien n’aura changé.

Mais il faudra surveiller les prochains sondages pour savoir à qui profite l’inversion des rôles.

Plus que 3 mois avant les élections les plus indécises du Royaume

Plus que trois mois avant le 7 mai 2015. Trois petits mois de campagne, et bien malin qui peut prédire aujourd’hui le résultat des élections générales britanniques.

En mai dernier, je me suis hasardé à un pronostic encore plausible, le maintien au pouvoir de la coalition conservateurs/lib-dem, mais la situation a bien changé depuis. Le paysage politique est encore plus fragmenté. Au moins six partis vont jouer un rôle de premier plan.

Dans les sondages, les conservateurs et l’opposition travailliste se tiennent dans un mouchoir, entre 28 et 34% des voix. Le futur Premier ministre sera forcément issu d’un de ces deux camps : David Cameron ou Ed Miliband.

Les libéraux-démocrates se préparent à des élections difficiles. Mais même s’ils perdent deux tiers de leurs 57 députés, ils peuvent encore jouer les faiseurs de roi.

Le parti UKIP, populiste et europhobe, vainqueur des européennes 2014 avec 27% des suffrages, n’est pas suffisamment bien implanté localement pour espérer conquérir de nombreux sièges. Obtenir dix députés serait une performance. Un chiffre entre 3 et 5 semble plus probable. Cependant, le parti de Nigel Farage va prendre de nombreuses voix aux autres partis, surtout bien sûr aux conservateurs.

Les Verts, à gauche du parti travailliste, comptent aussi jouer les trouble-fête. On en parle peu mais ils représentent pour le Labour la même menace que UKIP pour les Tories. Leur nombre d’adhérents ne cesse d’augmenter et un récent sondage leur donne 11% d’intentions de vote.

Enfin, last but not least, les nationalistes écossais du SNP pourraient totalement perturber le jeu électoral. Ils n’ont aujourd’hui que 6 députés à Westminster sur les 59 représentant l’Écosse. D’après certaines enquêtes, ils pourraient en obtenir une cinquantaine le 7 mai ! Si ces prédictions se vérifient, le SNP sera le grand vainqueur du scrutin. Toutefois, l’avance des nationalistes sur leurs principaux rivaux, les travaillistes, est faible dans de nombreuses circonscriptions. Un renversement de situation reste donc possible, mais on voit mal comment le Labour pourrait conserver ses 41 députés écossais face à la percée des indépendantistes portés par le souffle du référendum du 18 septembre.

Pour le moment la campagne ne passionne pas les foules. Chaque leader traîne ses casseroles. Il est reproché à David Cameron de ne frayer qu’avec les riches, d’être trop éloigné du peuple, quand Ed Miliband est critiqué pour son indécision et son manque de charisme. De nombreuses questions peuvent encore changer la donne dans les trois mois à venir : Les indicateurs économiques, encourageants, vont-ils encore s’améliorer ? Qui remportera les débats de la campagne (s’ils ont lieu) ? Y aura-t-il des gaffes comme celle qui causa la perte de Gordon Brown en 2010 ? etc.

Une seule prédiction semble fiable : aucun parti ne devrait obtenir la majorité absolue à la Chambre des communes. D’après de savants calculs, Ed Miliband aurait aujourd’hui deux fois plus de chances que David Cameron d’être le prochain Premier ministre. Ses possibilités d’alliance politique sont plus nombreuses.

Mais les savants calculs ne votent pas. De très nombreux scénarios sont envisageables, y compris une issue électorale incertaine, sans coalition crédible. Auquel cas, rebelote. Comme en 1974, un autre scrutin pourrait être organisé dans l’année à venir.

Le « White Van Man », l’électeur à conquérir

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La France a la gauche caviar. Le Royaume-Uni a les champagne socialistsÀ lire la presse anglaise, Emily Thornberry en est l’emblème. Jeudi, elle a dû démissionner du cabinet fantôme du Labour (le gouvernement virtuel du parti d’opposition) après avoir commis une faute dont la gravité ne saute pas aux yeux du béotien.

Payer ou non une rançon pour ses otages

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D’un côté, la France et de nombreux pays européens. De l’autre, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Les premiers, bien qu’ils ne l’admettent pas officiellement, paient des rançons pour libérer leurs otages. Les seconds s’y refusent. Pas question de financer des groupes terroristes et d’encourager ainsi les enlèvements.

Les poppies d’automne, hommage aux soldats britanniques

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Chaque année, fin octobre, les poppies envahissent le Royaume. Il s’agit de petits coquelicots en papier rouge que l’on porte généralement à la boutonnière. Presque une obligation pour les personnages publics, hommes politiques, journalistes, avocats, etc. Cette célébration culmine le 11 novembre, jour de commémoration de l’Armistice.

Les six leçons du référendum écossais

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Quatre jours se sont écoulés depuis le résultat du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, mais les Britanniques ne se sont pas encore remis de la semaine de doutes et d’angoisse qui a précédé le vote. La nette victoire du NON (55,3%-44,7%) n’a ni enterré le débat ni permis à Londres de bomber le torse.

L’Écosse indépendante, le jour d’après

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Nous sommes le 19 septembre 2014, 10h00 du matin. A Edimbourg, le résultat vient d’être confirmé : le oui à l’indépendance de l’Écosse est sorti vainqueur du référendum. Une victoire par la plus petite des marges, 50,3% contre 49,7%. Cris de joie, concert de klaxons, les indépendantistes jubilent, ils s’embrassent, trinquent. Ils ont gagné leur pari et humilié Londres.

Ukip-FN, beaucoup de points communs, tant de différences

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Il est tentant de comparer le succès du FN au triomphe du UKIP (youkip). Les deux partis sont arrivés en tête des européennes en France et au Royaume-Uni. Une première pour ces deux formations dans un scrutin national. 23,85% pour Marine Le Pen, 27,5% pour Nigel Farage.