« Désolé, nous ne parlons qu’aux médias britanniques ! »

Au début, le journaliste étranger culpabilise. Il se dit qu’il n’est pas à la hauteur, que son vilain accent français trahit sa méconnaissance du pays, que son média traîne une mauvaise réputation. Il parle d’abord timidement de ses mésaventures à ses confrères avant de s’apercevoir, soulagé, que tous sont logés à la même enseigne : les Britanniques se fichent éperdument des médias non-britanniques.

C’est particulièrement frustrant en période de campagne électorale. Impossible d’accéder aux responsables des principaux partis politiques. Impossible parfois d’obtenir un bref entretien avec d’obscurs candidats, voire de connaître leurs agendas.

Un courriel de la chargée de presse du UKIP résume bien la situation. Voici sa réponse à une demande d’interview avec le leader du parti Nigel Farage : « I am now only responding to domestic requests as I simply do not have the time or resources to handle non-vote winning media. » (« Je ne réponds désormais qu’aux requêtes domestiques car je n’ai simplement ni le temps ni les ressources pour m’occuper des médias qui ne rapportent aucune voix »). Ce qui signifie, au-delà de la traduction : « Allez vous faire voir et évitez de me déranger à l’avenir ».

Autre exemple à Paisley, près de Glasgow, l’une des batailles symboliques de la campagne. D’après les sondages, la candidate des indépendantistes écossais du SNP, Mhairi Black, âgée de 20 ans, devrait battre Douglas Alexander (en photo à gauche aux côtés de l’ancien ministre de l’Intérieur Alan Johnson), figure du parti travailliste et stratège électoral d’Ed Miliband. Malgré l’accueil cordial de son chef de campagne, M. Alexander n’aura pas trois minutes à accorder aux journalistes étrangers de passage. Deux jeunes officiers de presse patelins font barrage en rappelant qu’aucune interview n’a été calée à l’avance. Le service de presse du Labour, maintes fois contacté, n’avait évidemment jamais donné suite aux nombreuses demandes d’interview. Le reportage se fera donc sans l’un des principaux acteurs de l’élection. Ironie de l’histoire, Douglas Alexander, qui ignore superbement la presse étrangère, est pressenti pour le poste de ministre… des Affaires étrangères !

Les journalistes britanniques eux-mêmes se plaignent d’une campagne fermée aux médias qui manque de spontanéité (voir notamment cet article du Financial Times). Conservateurs et travaillistes, au coude-à-coude dans les sondages, fuient l’improvisation, redoutent le moindre faux pas. La presse n’a accès qu’à des événements encadrés, préparés par de savants communicants soucieux que rien d’imprévu ne perturbe le programme de leur champion. Forcément, des reporters non-britanniques ne peuvent que semer le désordre dans cette campagne indécise. D’ailleurs, seul le SNP accueille la presse internationale les bras ouverts. Les indépendantistes écossais n’ont rien à craindre, les sondages leur promettent un succès historique.

Si les grands partis étaient moins fébriles, sans doute seraient-ils plus accessibles aux journalistes étrangers. Mais soyons honnêtes, cette thèse nous donne beaucoup trop d’importance. Le mépris pour les médias non-britanniques est d’abord un symptôme du pragmatisme anglais : tu ne me sers rien, donc je ne travaille pas avec toi !

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