Élections britanniques : le monde à l’envers

D’une certaine manière, rien n’a changé. Il y a toujours d’un côté le parti des working people, des plus défavorisés, négligés par Westminster ; de l’autre, le parti de la responsabilité fiscale et budgétaire. Mais les rôles sont inversés. Cette fois, celui de l’ami des pauvres est tenu par les conservateurs quand celui de l’économe appliqué est incarné par le Labour.

Les sondages se refusent obstinément à désigner un vainqueur. Alors chaque camp joue son va-tout, comme le montrent les spectaculaires volte-face des derniers jours.

La campagne des Tories qui pilonnent Miliband en mettant en avant leur bilan économique et la poursuite de l’austérité manque de rêve, d’ambition, de souffle. Qu’à cela ne tienne, David Cameron et ses camarades proposent coup sur coup 8 milliards de £ par an pour sauver le système de santé (le NHS), des aides renforcées pour la garde d’enfant, un salaire minimum exonéré d’impôts, et la possibilité pour les occupants de logements sociaux d’acheter leur appartement à bon prix, résurrection d’une vieille mesure des années Thatcher. Combien ça coûte ? Au fond, peu importe. Les conservateurs savent bien que sur l’économie, les Britanniques leur font plus confiance qu’aux travaillistes. Il est donc temps, calculent-ils, de donner du rêve, d’être généreux, de se présenter, selon l’expression employée ce matin par David Cameron lors de la présentation du programme, comme « le vrai parti des travailleurs ». Changement radical de stratégie. Après 5 ans de grisaille budgétaire, à 3 semaines des élections, étonnamment, le soleil brille.

Le Labour n’est pas en reste. Sa faiblesse ? L’économie. Manque de crédibilité. Pour y remédier, le leader du parti Ed Miliband a présenté hier un programme où chaque dépense est financée. « Nous équilibrerons le budget. (…) Nous ne vivrons pas au-dessus de nos moyens. » Il est bien tard pour s’acheter une conduite budgétaire alors que l’image des travaillistes dans l’opinion reste celle d’un parti excessivement dépensier qui a conduit le pays à la ruine en 2008.

Mais dans cette campagne mollassonne, menée par deux dirigeants au charisme discutable, tout est permis, y compris endosser la tunique de l’adversaire.

Les deux camps naviguent à vue. Leurs conversions tardives le prouvent. Il fallait oser. Reste à savoir qui sortira vainqueur de ce curieux jeu de rôle. A première vue, les conservateurs mettent en péril leur arme principale, la crédibilité économique. De son côté, Ed Miliband, qui a plutôt réussi son début de campagne, semble prendre un risque mesuré. Si l’opinion est dupe, tant mieux. Si ça ne passe pas, rien n’aura changé.

Mais il faudra surveiller les prochains sondages pour savoir à qui profite l’inversion des rôles.

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