L’Écosse indépendante, le jour d’après

Nous sommes le 19 septembre 2014, 10h00 du matin. A Edimbourg, le résultat vient d’être confirmé : le oui à l’indépendance de l’Écosse est sorti vainqueur du référendum. Une victoire par la plus petite des marges, 50,3% contre 49,7%. Cris de joie, concert de klaxons, les indépendantistes jubilent, ils s’embrassent, trinquent. Ils ont gagné leur pari et humilié Londres.

Des indépendantistes en campagne à Glasgow.  © DR Des indépendantistes en campagne à Glasgow. © DR

Que va-t-il se passer maintenant ? Le Premier ministre écossais Alex Salmond a fixé la date officielle de l’indépendance au 24 mars 2016. 18 mois de négociations commencent entre Holyrood et Westminster.

La monnaie

C’est LA grande question de la campagne. Les indépendantistes veulent garder la livre sterling. Pas question, dit Londres. D’après Alex Salmond, les Anglais bluffent, il est dans leur intérêt comme dans celui des Écossais d’avoir une union monétaire. Les alternatives ? Garder la livre sans la coopération de Londres (mais l’Écosse serait soumise à la politique monétaire d’un pays étranger), rejoindre l’euro (mais il faut avoir une monnaie pour cela, et puis l’Écosse n’est pas encore membre de l’Union européenne), ou créer une nouvelle monnaie.

L’Union européenne

Vraisemblablement, malgré l’opposition de pays comme l’Espagne qui ne veulent pas donner de munitions aux séparatistes, l’Écosse rejoindra l’UE. Mais les discussions pourraient prendre du temps. D’après les textes, les nouveaux pays membres doivent adhérer au mécanisme de taux de change européen en vue d’adopter l’euro à terme. Une perspective qui n’enchante guère les Écossais, pourtant bien moins europhobes que leurs voisins anglais. D’ailleurs, le risque d’une sortie de Londres de l’UE augmenterait fortement en cas d’indépendance de l’Ecosse.

Le pétrole en mer du Nord

C’est la principale ressource naturelle d’Écosse. Une manne fiscale considérable, même si elle ne durera pas éternellement. Comment répartir le trésor ? En traçant une frontière fictive en mer, plus de 90% du pétrole revient à l’Écosse. Mais l’Angleterre est-elle d’accord ?

La dette

Près de 1100 milliards de £. Quelle part pour l’Écosse ? Alex Salmond veut bien en assumer une partie. A condition bien sûr qu’on lui offre l’union monétaire qu’il réclame. Malin.

La BBC

La British Broadcasting House ne garderait pas son nom dans une Écosse indépendante. Le SNP veut créer une filiale écossaise baptisée SBS (Scottish Broadcasting Service) financée par la redevance prélevée dans la province… dans le pays, pardon. La BBC voudra certainement qu’Édimbourg mette la main à la poche.

La Reine

Elle sera atterrée par l’explosion du Royaume mais restera Reine d’Écosse. Salmond l’a promis.

La défense

Les indépendantistes ne veulent plus d’armes nucléaires. Les sous-marins britanniques Trident devront donc quitter la base navale de Faslane, à l’ouest de Glasgow. L’Écosse espère toutefois rejoindre l’OTAN.

David Cameron

Le Premier ministre démissionnera. Ce n’est pas une certitude bien sûr, et lui-même a toujours affirmé qu’il resterait en poste. Mais on voit mal comment le responsable de l’éclatement du Royaume-Uni pourrait s’en sortir indemne. En cas de panique sur les marchés, Cameron pourrait toutefois rester afin de ne pas ajouter de l’instabilité politique à la tempête économique.

Le parti travailliste

Il serait profondément affaibli. Le Labour a 40 députés écossais à la Chambre des communes, 39 de plus que les conservateurs ! Il perdrait presque tout espoir d’accéder au pouvoir à Londres en 2015 (ou plus tôt en cas d’élections anticipées).

Et ce ne sont là que quelques unes des questions sur la table. Quid du drapeau, de l’hymne écossais, de l’influence du Royaume-(dés)uni dans le monde, des institutions financières écossaises, etc?

Une victoire du OUI au référendum déclencherait un tremblement de terre en Grande-Bretagne, une crise constitutionnelle, politique, et peut-être économique.

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