Les six leçons du référendum écossais

Quatre jours se sont écoulés depuis le résultat du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, mais les Britanniques ne se sont pas encore remis de la semaine de doutes et d’angoisse qui a précédé le vote. La nette victoire du NON (55,3%-44,7%) n’a ni enterré le débat ni permis à Londres de bomber le torse.

On retiendra au moins six leçons de ce référendum :

1. Les seniors ont sauvé le Royaume.

D’après l’enquête post-référendum de Lord Ashcroft, 73% des plus de 65 ans ont voté NON à l’indépendance de l’Écosse, essentiellement par peur des risques économiques. Sans eux, le résultat aurait été extrêmement serré. À l’inverse, 54% des moins de 55 ans ont voté OUI. L’avenir du nationalisme est assuré.

2. Gordon Brown bouge encore.

De l’avis général, l’ancien Premier ministre travailliste, Écossais, a livré, la veille du vote, le meilleur discours de la campagne. Un discours sans notes, puissant, émouvant. C’est lui qui a proposé, après l’alarmant sondage du Sunday Times donnant le OUI vainqueur, un nouveau plan de transferts de pouvoirs à l’Écosse approuvé par les trois partis traditionnels britanniques. Dans le sprint final, Brown a pris à Alistair Darling les commandes de la campagne Better Together, devenant ainsi le héros des unionistes. Et il a même sauvé la tête de son successeur David Cameron. Un comble.

3. Le camp du OUI n’a pas fini de faire parler de lui.

Depuis vendredi, des milliers de personnes se sont inscrites au SNP, le Parti nationaliste écossais. 21500 nouveaux membres en 4 jours. Yes Scotland a programmé une grande fête du OUI le 4 octobre pour entretenir l’enthousiasme de la campagne. D’après les sondages, la moitié des électeurs écossais comptent voter SNP aux élections régionales de 2016. Certes, l’indépendance de l’Écosse ne sera pas remise au vote demain. Mais certains événements pourraient changer la donne. Un référendum sur l’Europe, par exemple. Les Écossais courraient alors le risque d’une sortie de l’UE décidée par leurs voisins europhobes anglais. Une excellente occasion de promouvoir un nouveau référendum sur l’indépendance.

4. Nicola Sturgeon, nouveau visage du nationalisme écossais.

Quelques heures après la publication des résultats, Alex Salmond, figure du SNP depuis un quart de siècle, a tiré sa révérence. Dans les semaines à venir, il quittera à la fois son poste de First minister et la présidence du Parti nationaliste écossais. Il ne fait aucun doute qu’il cédera la place à Nicola Sturgeon, vice-Premier ministre d’Écosse. Ambitieuse, sérieuse, populaire, elle devrait être adoubée par les militants du SNP lors du Congrès du parti en novembre.

Alex Salmond et sa numéro 2, Nicola Sturgeon, probable futur leader du SNP et Premier ministre d’Écosse. © DR Alex Salmond et sa numéro 2, Nicola Sturgeon, probable futur leader du SNP et Premier ministre d’Écosse. © DR

5. Les Écossais ont donné au monde une leçon de démocratie.

Impossible de démentir Alex Salmond qui présente la campagne référendaire comme l’une des périodes les plus exaltantes de l’histoire de l’Écosse. Le débat a été à de très rares exceptions près convivial, bon enfant, passionné. Et au final, 85% des électeurs ont voté jeudi 18 septembre. Une participation record.

6. La campagne électorale de 2015 a commencé.

Certes, elle a commencé bien avant le référendum, mais le vote écossais en a donné le coup d’envoi officiel. Le premier discours de David Cameron, au matin du 19 septembre, a fait exploser l’union des trois grands partis historiques. Le Premier ministre a assuré que la promesse faite aux Écossais d’accorder plus de pouvoirs à Édimbourg serait tenue, mais il a aussi jeté une pierre dans le jardin travailliste en demandant que ce nouveau processus de “dévolution” soit aussi appliquée au Pays de Galles, à l’Irlande du Nord et surtout à l’Angleterre, où les conservateurs récoltent le plus de voix. David Cameron espère mettre fin à ce que beaucoup considèrent comme une injustice: les députés d’Écosse peuvent voter sur des lois concernant l’Angleterre, mais l’inverse n’est pas possible. C’est la question dite du West Lothian. Les travaillistes, actuellement en Congrès à Manchester, ne savent comment y répondre habilement. Tout cela est un peu technique, pas sûr que les Britanniques soient fascinés par ce débat, mais il s’agit de la première passe d’armes avant mai 2015. Il y en aura beaucoup d’autres.

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