Payer ou non une rançon pour ses otages

D’un côté, la France et de nombreux pays européens. De l’autre, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Les premiers, bien qu’ils ne l’admettent pas officiellement, paient des rançons pour libérer leurs otages. Les seconds s’y refusent. Pas question de financer des groupes terroristes et d’encourager ainsi les enlèvements.

Le différend est connu. Il occasionne régulièrement des tensions diplomatiques. Les dirigeants américains et britanniques accusent les Européens, en particulier la France, de ne pas tenir leurs promesses. David Cameron a haussé le ton à ce sujet au dernier sommet de l’OTAN, en septembre. Quelques jours plus tard, Barack Obama l’a imité dans une interview au New York Times. Selon le journal américain, Al-Qaïda et ses « filiales » auraient récolté 125 millions de dollars depuis 2008 grâce au business des otages, dont près de 60 millions déboursés par la France pour obtenir la libération de dix ressortissants en Afrique du Nord et dans la péninsule arabique. Et cela n’inclut pas les rançons payés au groupe État islamique en Syrie.

Mais aux États-Unis et en Grande-Bretagne, des voix s’élèvent pour dénoncer les doctrines nationales en la matière. Les deux dernières victimes occidentales de l’organisation Daesh, le Britannique Alan Henning et l’Américain Peter Kassig (photo), sont des humanitaires partis en Syrie aider des musulmans, des victimes de la guerre. Leur générosité ne les a pas sauvés d’une mort barbare. Aujourd’hui, dans The Independent, le journaliste Kim Sengupta appelle Londres et Washington à renoncer à leur principe dans certains cas. « Les rançons sont un prix qui vaut d’être payé pour sauver la vie de héros comme Peter Kassig », écrit-il.

Le mois dernier, les parents de l’otage Américain James Foley, tué en août, ont accordé une interview à BBC Radio 4. Ils disent avoir suivi la recommandation du gouvernement américain de pas s’exprimer publiquement au sujet de l’enlèvement de leur fils, ce qu’ils regrettent aujourd’hui. Ils n’ont été tenus au courant de rien si ce n’est d’une opération de sauvetage des otages qui a échoué au début de l’été 2014. Comme d’autres familles, ils ont reçu des emails des ravisseurs leur demandant 100 millions d’euros et la libération de prisonniers musulmans contre la libération de leur fils. Un officiel américain les a alors prévenus qu’ils encouraient des poursuites judiciaires s’ils tentaient de récolter eux-mêmes une rançon. Diane et John Foley demandent une révision de la politique de non-paiement de rançons. Cette approche, disent-ils, « condamnent à mort » tous les journalistes ou humanitaires qui s’aventurent dans des pays à risque.

Un long papier passionnant du New York Times raconte l’épreuve traversée par les 23 otages occidentaux de l’Etat islamique identifiés depuis fin 2012. Quinze ont été libérés, dont quatre Français, Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torrès. Six ont été tués. D’abord un Russe, Sergueï Gorbunov, considéré par les ravisseurs comme ayant « la plus faible valeur marchande ». Tué par balles, il aurait servi d’exemple. Les cinq autres ont été victimes des mises en scène que l’on connaît : trois Américains, James Foley, Steven Sotloff et Peter Kassig, et deux Britanniques, David Haines et Alan Henning. Au moins deux otages seraient toujours détenus : une femme américaine dont l’identité n’a pas été révélée et le journaliste britannique John Cantlie apparu dans plusieurs vidéos de propagande de Daesh. D’après l’article, les Britanniques et les Américains ont subi les pires traitements. Non seulement leurs pays sont les ennemis jurés des islamistes mais ils refusent de payer des rançons.

Cette doctrine dissuade-t-elle les terroristes de capturer des ressortissants américains ou britanniques ? Manifestement non. Ils continuent à figurer parmi les principales victimes de prises d’otages dans le monde.

Mais les États-Unis et la Grande-Bretagne tiennent au respect de ce principe qui s’explique sans doute par des spécificités culturelles. Par nature, leurs citoyens comptent moins sur l’État pour régler leurs problèmes. D’une manière générale, explique un diplomate français, « la Grande-Bretagne se soucie moins du sort de ses ressortissants expatriés que la France ».

Toutefois, dans certains cas, Londres et Washington négocient avec les terroristes. Le Guardian cite trois libérations de Britanniques ayant donné lieu au paiement d’une rançon. On ne sait si le gouvernement a mis la main à la poche mais il a forcément pris part d’une manière ou d’une autre aux tractations. De même, en juin, le soldat américain Bowe Bergdahl aurait été libéré en Afghanistan en échange de cinq prisonniers talibans.

Par ailleurs, les États-Unis et la Grande-Bretagne imposent aux familles des otages un blackout médiatique, comme en témoignent les parents de James Foley. Cette stratégie permettrait de gagner du temps et de faire courir moins de risques aux otages, ce qui est discutable. Le frère d’Alan Henning a vécu ce silence comme un « cauchemar ».

Il est en tout cas regrettable que les Occidentaux n’aient pas tous la même approche en matière de gestion des otages. Ces différences créent un malaise et servent les intérêts des groupes terroristes.

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