Ukip-FN, beaucoup de points communs, tant de différences

Il est tentant de comparer le succès du FN au triomphe du UKIP (youkip). Les deux partis sont arrivés en tête des européennes en France et au Royaume-Uni. Une première pour ces deux formations dans un scrutin national. 23,85% pour Marine Le Pen, 27,5% pour Nigel Farage.

UKIP et FN ont effectivement plusieurs points communs. Ils ont trois obsessions : l’Union européenne, dont il faut sortir ; l’immigration, qu’il faut stopper ; et le système, l’establishment, qu’il faut combattre. Leurs campagnes reposent sur ces piliers.

Ce sont deux votes protestataires, même si les deux partis s’en défendent. On trouve beaucoup de similitudes entre leurs électorats : personnes âgées, classes populaires, populations peu éduquées, peu qualifiées, habitants des zones rurales… Mais le UKIP séduit aussi une droite traditionnelle, les white English de la middle class nostalgiques de la vieille Angleterre et de ses traditions, ce qu’on retrouve moins au Front national.

Les plateformes politiques des deux formations sont sensiblement différentes. Le UK Independence party est plus libéral, moins protectionniste que le FN. C’est même un mouvement libertaire, une sorte de Tea Party à l’anglaise. Exemple anecdotique : Nigel Farage, amateur de Rothmans, veut rétablir l’autorisation de fumer dans les lieux publics.

Surtout, les deux partis n’ont pas la même histoire. Le UKIP est un parti jeune né en 93 en réaction au Traité de Maastricht. Le FN a un lourd passé, entaché de nombreux dérapages racistes ou antisémites au plus haut niveau de responsabilité. Le UKIP a aussi fait l’objet de polémiques, il n’échappe pas aux accusations d’extrémisme, mais Farage se veut plus tolérant, plus respectable. Il a d’ailleurs repoussé les avances de Marine Le Pen à Strasbourg. Pas question de faire partie du même groupe au Parlement européen.

Enfin, le Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni n’a pas les mêmes ambitions que le Front National. Il ne veut pas accéder au pouvoir et ne fait même pas semblant d’y croire. Il serait “absurde” (“ridiculous”), dit Nigel Farage, de viser la victoire aux élections générales l’an prochain. Il sait que son parti n’y est pas préparé, qu’il ne pourra pas profiter du vote protestataire comme aux européennes, que son appareil politique est encore faible, mal implanté localement, et que le scrutin majoritaire à un tour le dessert. Et surtout, il n’en a pas envie. Il dirige un puissant groupe de pression eurosceptique, pas un parti de gouvernement.

Marine Le Pen se rêve en présidente. Nigel Farage est un agitateur, un trublion. Il s’en contente.

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