Le « White Van Man », l’électeur à conquérir

La France a la gauche caviar. Le Royaume-Uni a les champagne socialistsÀ lire la presse anglaise, Emily Thornberry en est l’emblème. Jeudi, elle a dû démissionner du cabinet fantôme du Labour (le gouvernement virtuel du parti d’opposition) après avoir commis une faute dont la gravité ne saute pas aux yeux du béotien.

Emily Thronberry, députée travailliste de la circonscription bobo d’Islington, dans le nord de Londres, vit dans une demeure cossue avec son mari magistrat, à des années-lumières des préoccupations quotidiennes des classes populaires. Le jour de l’élection partielle de Rochester et Strood, remportée haut le main par le UKIP, Thornberry a tweeté la photo suivante avec ces trois mots : « Image from #Rochester ».

 © DR

Ce tweet a provoqué un tollé. Il été jugé terriblement condescendant pour la working class, l’électorat traditionnel des travaillistes. On y voit une camionnette blanche et trois drapeaux anglais, symboles de la classe ouvrière que le Labour aurait abandonnée. Depuis cet épisode, la presse de droite tire à boulets rouges sur Emily Thornberry (exemple dans cet article assassin du Daily Mail). Le propriétaire du van, à qui les journaux se sont empressés de donner la parole, a traité la députée travailliste de « snob » et a même fait le déplacement à Islington pour demander des excuses.

Le « white van man » est un électeur très courtisé de la vie politique britannique. Il est blanc, ouvrier qualifié, typiquement plombier ou électricien (d’où la camionnette), fier d’être Anglais, en colère contre l’immigration qui lui fait concurrence et prend les places de ses enfants à l’école.

Il a voté Thatcher puis Blair qui ont trouvé les mots pour le séduire. Aujourd’hui, il est perdu. Le parti travailliste l’a déçu, c’est vrai. Mais les conservateurs n’ont pas non plus réussi à le convaincre. Encore moins les libéraux-démocrates.

Reste le UKIP. Le parti de Nigel Farage veut quitter l’Europe, en finir avec l’immigration et donner un coup de pied aux fesses des privilégiés de l’establishment. Ce discours plaît aux white van men.

D’après le Telegraph, ces Anglais capricieux représentent 10 à 15% de l’électorat. Ils ne votent pas toujours mais sans eux, un parti ne peut obtenir seul la majorité des sièges à la Chambre des communes.

Conservateurs et travaillistes ont moins de six mois pour convaincre le white van man et le détourner du UKIP.

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