Le chiite qui regrette Saddam

Le 9 avril 2003 était pour Kadom Al Jaburi un jour de fête, Saddam Hussein était chassé du pouvoir par une intervention militaire américaine qu’il n’espérait plus. Pour participer à la chute du régime baasiste, ce chiite de Karrada a pris sa lourde masse pour déboulonner la statue de l’ancien président irakien qui trônait place Ferdaous, près de l’hôtel Palestine où séjournaient des journalistes du monde entier.

Kadom Al Jaburi est toujours mécanicien dans un garage de motos, ses cheveux sont devenus gris mais l’homme reste aussi musclé qu’il y a 11 ans, de cet instant historique il a gardé cette photo parue dans Newsweek et qui a fait le tour du monde. On le voit s’échiner à faire tomber la statue de bronze, en vain. Il a fallu l’aide des soldats américains et d’un char équipé d’un treuil pour la déboulonner.

Les journalistes n’ont eu qu’à descendre de leurs chambres pour immortaliser la séquence et ce symbole : la grande puissance américaine venue donner « un coup de main » au peuple irakien pour venir à bout du tyran. Mais Kadom Al Jaburi a vite déchanté et dit aujourd’hui regretter l’ancien régime et pourtant c’est un chiite, peuple que Saddam Hussein a massacré. Il dresse un bilan catastrophique de la situation : une classe politique corrompue, un pays déchiré par une guerre confessionnelle, la  naissance du groupe Etat Islamique en Irak après 2003 avant de s’exporter vers la Syrie moins de 10 ans plus tard. L’amertume se lit dans ses yeux et quand il parle Il pèse ses mots : « Saddam est mort et aujourd’hui nous avons une centaine de Saddam ».

Kadom Al Jaburi explique que s’il le pouvait il remettrait la statue de Saddam là où elle se trouvait sur cette place Ferdaous (du paradis) qu’il a rebaptisé « place de l’enfer ».

 
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L'auteur

Depuis Beyrouth, Omar Ouahmane couvre pour Radio France l'actualité du Liban et du Proche-Orient.

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