Syrie : la contrebande d’antiquités pour financer la rebellion

Le Liban est devenu la plaque tournante du trafic d’antiquités venues de la Syrie, en guerre civile depuis bientôt 4 ans. Elles sont vendues par des rebelles syriens pour financer leur guerre contre le régime de Bachar al-Assad.

Pièce de monnaie de l’époque romaine. Nord de la Syrie. Photo Omar Ouahmane/Radio France

La contrebande d’antiquités en provenance de Syrie transite notamment par la plaine de la Bekaa, au Liban, et Majdal Anjar, une petite agglomération sunnite proche de la frontière syrienne. Elle est sur la route de Damas, ce qui en fait un des principaux axes de passage du trafic d’antiquités. Des pièces d’une valeur parfois inestimable sont vendues pour quelques centaines de dollars ou échangés contre des armes et des munitions au profit de la rébellion syrienne.

Le trafic entre la Syrie et le Liban est régulier, et l’organisation est rodée. Bassem, 24 ans, est un contrebandier. Toutes les semaines, il passe de l’autre côté de la montagne, en Syrie, et revient chargé d’antiquités : « Je les fais venir à cheval. Je transporte des armes et en échange je ramène des antiquités. Après, des gens importants se chargent de les vendre en Europe. La dernière fois, on a reçu deux pièces qui ont été vendues ensuite près d’un million de dollars, des statues très anciennes et en or. »

Les rebelles syriens qui trafiquent des antiquités ont souvent conscience de piller le patrimoine de leur pays, mais assurent ne pas avoir le choix. Hady, 30 ans, est membre de l’Armée syrienne libre, un groupe modéré soutenu par les pays occidentaux. Originaire de la Ghouta, dans la banlieue est de Damas, il est venu changer des antiquités contre des armes : « Je suis venu de Syrie hier pour acheter des munitions, des roquettes, des kalachnikovs, des obus. Et en échange, j’ai apporté des antiquités. Je sais que je suis en train de vendre l’héritage de notre pays mais nous n’avons pas le choix. » Hady avouera que ces armes iront également entre les mains du Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaida : en Syrie tous les groupes rebelles se sont lancés dans le trafic juteux d’antiquités.

Un trafic qui rapporte entre 6 et 15 milliards d’euros par an

En dépit des efforts de l’Unesco, c’est donc au tour de la Syrie, après l’Irak, de voir son héritage ravagé ou pillé. Carrefour de nombreuses civilisations, romaine, grecque, phénicienne ou byzantine, la Syrie compte 6 sites inscrits dans la liste du patrimoine mondial par l’Unesco. Un patrimoine qui fait, depuis le début de la guerre civile, l’objet d’un pillage organisé et systématique. Et les sommes d’argent générées par ce trafic d’antiquités, le troisième plus important après la drogue et les armes, sont énormes : entre 6 et 15 milliards d’euros par an selon certains experts.

 
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L'auteur

Depuis Beyrouth, Omar Ouahmane couvre pour Radio France l'actualité du Liban et du Proche-Orient.

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