Des réfugiés syriens contraints au trafic d’organes

Confrontés à la misère, certains réfugiés syriens au Liban vendent leurs organes pour survivre. Un trafic établi dans le bidonville de Hay el-Gharbey, au sud de Beyrouth.

Le camp de Chatila dans le sud de Beyrouth. Photo Omar Ouahmane/Radio France Le camp de Chatila dans le sud de Beyrouth. Photo Omar Ouahmane/Radio France

Le bidonville de Hay el-Gharbey est un des endroits les plus pauvres du Liban. Un concentré de misère dans le sud de Beyrouth, entre le camp de réfugiés palestiniens de Chatila et la Cité Sportive. Plus de 15 000 personnes s’y entassent, parmi lesquels de nombreux réfugiés syriens qui vivent au milieu des Libanais, entre violence et délinquance. Une partie du bidonville est une zone de non-droit, que les autorités libanaises ne parviennent pas à contrôler. Hay el-Gharbey a mauvaise réputation : celle d’abriter les commerces les plus illégaux.

Mahmoud, 17 ans, a quitté la Syrie en 2012. Originaire de la ville d’Idlib, dans le nord de la Syrie, il est réfugié au Liban. Au mois de septembre dernier, il a vendu son rein gauche 9 000 dollars pour financer une opération chirurgicale pour sa petite sœur : « J’ai fait ça pour aider ma famille. Ma sœur doit se faire opérer et nous n’avons pas d’argent. Ils m’ont donné presque toute la somme. Mais ils se sont engagés à prendre en charge les antibiotiques que je dois prendre pendant une année »

Mahmoud a été repéré par Ahmad, un jeune Libanais de 30 ans qui vit également à Hay el-Gharbey. C’est en fait un rabatteur, il est chargé de trouver des vendeurs potentiels et de les guider vers une clinique clandestine où les opérations ont lieu en échange d’une commission : « Moi mon travail est de trouver un vendeur, de le mettre en rapport avec eux et c’est tout »

Le trafic d’organes est puni par la loi libanaise

Ahmad, les yeux rougis par la drogue, ne dira rien de l’organisation pour laquelle il travaille et encore moins de l’endroit où se trouve cette clinique clandestine. Il a été arrêté par la police il y a tout juste deux semaines, il attend désormais de passer en jugement car le trafic d’organe est puni par la loi au Liban. Wael Bou Faour, ministre de la Santé du Liban, assure que « les services de renseignement travaillent sur ce dossier car ce sont des crimes. Parfois certains des réfugiés sont victimes d’abus ».

L’extrême pauvreté des réfugiés syriens

Difficile de mesurer l’ampleur du trafic d’organe parmi les réfugiés syriens au Liban. Le phénomène illustre surtout l’extrême pauvreté dans laquelle sont plongés des centaines de milliers de Syriens qui ont fui leur pays pour le Liban voisin. La perspective de pouvoir gagner plusieurs milliers de dollars en quelques heures poussent certains, ceux condamnés à trainer dans les rues, à accepter de vendre un rein, sur les conseils de rabatteurs sans scrupule et au profit d’organisations évidemment impossible à approcher.

 
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L'auteur

Depuis Beyrouth, Omar Ouahmane couvre pour Radio France l'actualité du Liban et du Proche-Orient.

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