12 Years A Slave, le film dont tout le monde parle

À Telluride, à Toronto, à Londres, 12 Years A Slave est acclamé partout où il passe. Le film est qualifié de “chef d’œuvre” par la presse du monde entier, du New York Times au Guardian, du Wahington Post au Daily Telegraph. Une unanimité critique (cf le site Rottentomatoes) quasi suspecte.

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12 Years A Slave (qui sortira en janvier en France) raconte l’histoire vraie, au XIXème siècle, de Salomon Northup, Afro-Américain de l’Etat de New York, père de famille éduqué, violoniste talentueux, homme libre. En 1841, alors qu’il participe à la tournée d’un cirque, il est enlevé à Washington puis vendu comme esclave dans une plantation du Sud où il va passer 12 années, loin de ses proches, privé de son identité et de son honneur.

Présenté fin octobre au London Film Festival, 12 Years A Slave est une œuvre bouleversante, intense, violente. Le film est signé Steve McQueen, réalisateur britannique auteur des remarquables Hunger et Shame. D’autres cinéastes auraient proposé un récit didactique sur l’esclavagisme mais McQueen choisit de raconter l’aventure tragique d’un homme seul. Sa caméra ne quitte presque jamais le personnage principal incarné par Chiwetel Ejiofor qui tient le rôle de sa vie.

Tourné dans les magnifiques paysages de Louisiane, le film n’échappe pas tout à fait au conformisme. C’est la nature même de cette histoire qui met aux prises un innocent victime d’une injustice et un esclavagiste pervers campé par Michael Fassbender, acteur fétiche du cinéaste. Mais l’intelligence de McQueen, la subtilité d’Ejiofor et plusieurs personnages secondaires apportent à cette œuvre les nuances et la complexité que le sujet commande : Alfre Woodard dans le rôle d’une femme noire émancipée partageant la vie de son patron blanc, Benedict Cumberbatch esclavagiste au visage humain, Brad Pitt (également producteur du film) charpentier sudiste abolitionniste.

McQueen joue avec le temps. Il s’attarde sur les visages, fait durer certaines scènes, parfois jusqu’à l’écœurement, pour en souligner la dureté. Northup, qui a osé défier un négrier, est pendu à une corde une journée entière, faible et assoiffé, la pointe de ses pieds traînant dans la boue. Une torture infligée dans l’indifférence de ses pairs captifs.

Le fouet claque et lacère le dos d’une esclave devenue l’objet sexuel du personnage joué par Fassbender. La scène est longue, insupportable. Le film est une expérience sensorielle dont on ne sort pas indemne. On pense àHunger qui ne cachait rien de la lente agonie du gréviste de la faim nord-irlandais Bobby Sands.

12 Years A Slave conjugue l’audace, la radicalité d’un réalisateur génial et l’exemplarité d’une histoire extraordinaire. Prenons aujourd’hui les paris : succès international, critique et public, Oscar du meilleur film et du meilleur acteur.