Le Banksy “volé” de Tottenham

Banksy est au street art ce que David Beckham est au football, une superstar. Alors quand un artiste aussi renommé, aussi talentueux (voir son site internet), signe une œuvre sur l’un des murs de votre quartier, vous ne voulez surtout pas qu’on vous en prive.

C’est ce qui vient de se produire à Wood Green, célèbre carrefour de Tottenham d’où sont parties les émeutes de l’été 2011 à Londres. En mai dernier, juste avant les célébrations du Jubilé d’Elisabeth II, Banksy “offre” au quartier Slave Labour, qui représente un enfant en train de coudre des guirlandes d’Union Jack.

Il y a deux semaines, le dessin disparaît mystérieusement dans la nuit. Le mur a été “découpé” puis rebouché grossièrement. Quelques jours plus tard, un pochoir dénonçant le vol fait son apparition à côté de l’œuvre dérobée  :

© DR (twitter) © DR (twitter)

Colère des habitants du quartier qui se mobilisent pour récupérer leur Banksy. Alan Strickland, conseiller municipal de l’arrondissement de Haringey, s’empare du dossier et organise le mouvement.

On apprend alors que Slave Labour sera mis aux enchères le samedi 23 février à Miami chez Fine Art Auctions. Estimation : entre 500.000 et 700.000$ !

A la demande des autorités américaines, la Metropolitan Police ouvre une enquête mais aucun vol n’a été déclaré. Le mur appartient à un magasin de la chaîne Poundland qui vend des produits bon marché. Les propriétaires de l’enseigne, deux milliardaires, refusent de confirmer ou d’infirmer leur implication dans l’affaire. La Fine Art Auctions Miami (FAAM) assure que tout est absolument légal.

Rendez-nous notre Banksy. Manifestation samedi 23 février des habitants du quartier de Wood Green. © DR (twitter) Rendez-nous notre Banksy. Manifestation samedi 23 février des habitants du quartier de Wood Green. © DR (twitter)

Le mystère du Banksy disparu reste entier mais le mouvement capte l’intérêt des médias, au Royaume-Uni et même à l’étranger. Et à la dernière minute, FAAM retire de sa vente aux enchères le lot n°6, toujours visible pourtant ce lundi sur son site internet.

Slave Labour n’a donc pas été cédé samedi. Une première victoire pour les habitants du quartier. La mobilisation continue et pendant ce temps, le mur du Poundland est devenu un nouvel espace d’expression à Tottenham. Le pochoir en bas à droite, un rat brandissant une pancarte “Why?”, pourrait être une réponse de Banksy lui-même à la controverse.

Mais personne ne sait ce que Slave Labour est devenu –d’après la rumeur, l’œuvre serait entreposée quelque part en Europe. Et une question centrale reste en suspens : à qui appartiennent les œuvres de street art ?

Banksy ne signe pas ses œuvres. Il a confié à Pest Control la mission de les authentifier. Pour l’artiste, le street artappartient à tout le monde. Son travail est pourtant régulièrement mis en vente. D’après une enquête du Times, plus d’une vingtaine de ses œuvres seraient aujourd’hui dans le circuit des enchères internationales. Difficile de trancher cette question de propriété intellectuelle (voir cet article des Inrocks).

Banksy y répond par une pirouette sur son site dont voici la traduction :

Que pensez-vous des salles de vente qui mettent aux enchères du street art ?

“J’étais très embarrassé quand mes toiles ont commencé à atteindre des prix élevés ; je me suis vu condamné à ne devoir peindre à l’avenir que des chefs-d’œuvre.”  (Henri Matisse)