La BBC se relèvera

Hier, un rapport indépendant a en partie blanchi la BBC, embourbée depuis des semaines dans un retentissant scandale.

D’après une enquête commandée par la Beeb et conduite par Nick Pollard, ancien patron de la chaîne concurrente Sky News, la corporation n’a pas cherché à étouffer l’affaire Jimmy Savile. En déprogrammant un reportage à charge sur les agissements pédophiles de l’animateur défunt, le management de la BBC a sombré dans “le chaos” et “la confusion”, l’émission Newsnight a commis “une erreur”, mais “cela n’a pas été fait pour une mauvaise raison”.

L’honneur est sauf. A ce stade des investigations, il apparaît que la Beeb n’a pas essayé de couvrir le scandale ou d’épargner la réputation de Jimmy Savile.

Aujourd’hui pourtant, la presse anglaise ne retient que les observations les plus critiques du rapport Pollard. Plusieurs journaux regrettent que personne ne soit mis à la porte après un tel fiasco, d’autant qu’une autre affaire a mis en difficulté la BBC. En novembre, un documentaire diffusé dans l’émission Newsnight (encore!) a accusé de pédophilie une figure du parti conservateur, Lord McAlpine, sur la foi d’un seul témoin qui s’est ensuite rétracté. Cette grave faute journalistique a donné lieu à un second rapport, également rendu public hier, qui souligne l’absence de “vérifications élémentaires” avant la diffusion du reportage.

Enfin, un rapport parlementaire estime que la Beeb a dépensé l’argent public de manière “cavalière” en accordant à son patron démissionnaire George Entwistle, ridiculisé par le journaliste John Humphrys dans une interview désormais célèbre (bien plus mouvementée que celle-ci), une indemnité de départ de £450.000.

La BBC est donc toujours dans l’arène, exposée aux jets de pierres de tous ceux qui comptent au Royaume-Uni, médias, politiques, experts, etc.

“Auntie”, comme l’appellent affectueusement les Britanniques, a indiscutablement failli à ses devoirs mais les critiques lui tombent dessus avec une violence étonnante.

Elle paye son statut d’entreprise publique dont la gestion doit être irréprochable. La BBC est aussi pour le monde entier un modèle éditorial jalousé par des concurrents prompts à donner des leçons. Les titres du groupe Murdoch, qui ont fait bien pire en espionnant des personnalités ou en piratant des téléphones portables, matraquent ainsi sans réserve la British Broadcasting Corporation.

C’est dans cet environnement hostile, confrontée aux coupes budgétaires et aux assauts de la presse anglaise, que la BBC doit se reconstruire et restaurer la confiance du public.

PS : Preuve qu’elle n’a rien perdu de son humour, la BBC a diffusé ce soir sur Radio 4, à quelques heures de la fin du monde (!) un message que les anglophones vont savourer.