Boris vs Ken, l’autre élection de la semaine

En Angleterre, on les appelle par leur prénom. Car Boris Johnson, le conservateur, et Ken Livingstone, le travailliste, sont des figures de la vie politique nationale.

Les deux hommes s’affrontent ce jeudi 3 mai dans la principale bataille des élections locales britanniques : la mairie de Londres.

7 candidats en lice (toutes les infos sur le scrutin ici) mais pour faire court, le vote se résume à un choc “Boris vs Ken”, avec un net avantage donné par les sondages (entre +2 et +8) au sortant Boris Johnson qui avait soustrait la mairie à son rival en 2008.

Boris Johnson, le rabatteur de Londres © Franck Mathevon / Radio France Boris Johnson, le rabatteur de Londres © Franck Mathevon / Radio France

Il faut suivre Boris Johnson ne serait-ce que quelques minutes pour prendre la mesure du personnage.  Cheveux blonds ébouriffés, sourire de rigueur, BoJo a fait de l’humour, plus ou moins drôle, sa marque de fabrique. Cet après-midi, devant la station de métro Finchley Road, à Camden, il distribue ses tracts de campagne (“Who wants my historic leaflets?”) comme on vend des robot-mixeurs sur un marché. Pas de temps à perdre. Après quelques fermes serrages de mains, il attaque de sa voix éraillée son discours standard devant une poignée de militants et une vingtaine de curieux : “Tout le monde m’entend ? C’est mon 58ème discours de la journée” (rires). “Vous voulez revenir en arrière, retrouver des impôts élevés avec un maire qui ignore les quartiers de banlieue, qui ignore VOTRE quartier de Finchley Road, (…) ou bien aller de l’avant ?” Boris, toute en mesure, traite son rival de “marxiste semi-réformiste, inspiré des préceptes du socialisme révolutionnaire bolivarien, qui dépense l’argent des contribuables dans des voyages à La Havane” (rires). Dans une cage d’ascenseur après un débat radiophonique, il a récemment accusé Ken Livingstone d’être un “fucking liar”.

Au journaliste français de passage, cet ex-élève d’Eton et d’Oxford, ancien camarade de classe de David Cameron, à qui il chiperait volontiers le leadership du parti conservateur, parle dans la langue de Molière : “Sois le bienvenu ici à Finchley Road !” Comment explique-t-il son succès dans une ville où le parti travailliste devance les conservateurs d’une quinzaine de points dans les sondages ? “The proof of that particular pudding is in the eating”, répond Boris. Une expression intraduisible qui signifie en gros “attendons le résultat pour juger”. L’actuel maire de Londres semble séduire les électeurs plus par sa personnalité que par ses idées. Une figure originale au sein du parti conservateur. Europhobe, ultralibéral, n’hésitant pas à tacler le gouvernement. Les Britanniques apprécient sa singularité et sa liberté de penser.

Boris Johnson, à un instant visiblement décisif de son argumentaire de campagne © Franck Mathevon / Radio France Boris Johnson, à un instant visiblement décisif de son argumentaire de campagne © Franck Mathevon / Radio France

Face au truculent Boris Johnson, Ken Livingstone ne transporte pas les foules. Personne ne connaît aussi bien que Red Ken les coulisses de la vie politique londonienne qu’il hante depuis les années Thatcher. Mais en Angleterre, l’expérience (le grand âge?) peut être un vilain défaut. A 66 ans, le candidat travailliste a presque 20 ans de plus que Boris. Il a déjà exercé deux mandats de maire, entre 2000 et 2008. On lui doit le péage urbain et, au moins en partie, la réussite du projet olympique de Londres 2012.

Ken sait rire aussi parfois © DR Ken sait rire aussi parfois © DR

Ken Livingstone se situe à la gauche d’un parti travailliste plus populaire que lui. Malgré un bilan honnête, sans doute meilleur que celui de son successeur, ses chances de l’emporter sont minces.

Dans cette campagne, on a peu parlé des programmes. Chacun propose au moins une mesure populaire (populiste?) : la baisse du prix des transports pour Ken, la baisse de la taxe d’habitation pour Boris. Mais ce qui a dominé le débat ces dernières semaines n’a rien à voir avec la politique locale. Ken Livingstone se voit reprocher le recours à une société privée par laquelle il a fait transiter ses revenus pour payer moins d’impôts. Légal mais immoral. De son côté, Boris Johnson est critiqué pour sa tribune hebdomadaire dans le Daily Telegraph qui lui rapporte £250.000 par an. Il a ardemment milité, dans ce journal et ailleurs, pour une baisse du taux d’imposition sur les plus hauts revenus, de 50% à 45%, dont il profitera lui-même dés l’an prochain. Légal mais immoral.

Par ailleurs, Ken est fâché avec la communauté juive pour avoir, entre autres, laissé entendre que les juifs étaient trop riches pour voter Labour. Boris Johnson est fâché avec les homosexuels pour avoir notamment écrit cette phrase : “Si le mariage gay est OK, alors je ne vois aucune raison de principe pour ne pas consacrer une union entre trois hommes, ou même entre trois hommes et un chien”.

Pour vous faire une idée plus précise des deux candidats, jetez donc un oeil aux sites les plus objectifs de la campagne : SackBoris et Not Ken AgainLe Ken and Boris show se produit à Londres tous les jours. Dernière représentation jeudi.