Le carnet de notes des Jeux olympiques

C’est donc l’heure du bilan. L’heure d’attribuer les bons et les mauvais points. Voici le carnet de notes, subjectif bien sûr, des Jeux olympiques de Londres.

SECURITE  8/10

Au début des JO, Londres ne méritait pas la moyenne dans cette matière au coefficient élevé. Déjà en décembre, les organisateurs ont doublé le dispositif. Une décision jugée tardive, à 8 mois seulement de l’événement. 23.000 hommes mobilisés sans compter les agents du privé. Début juillet, on apprenait que la société G4S n’était pas en mesure d’honorer son contrat et de fournir les 10.000 à 15.000 hommes prévus. Les militaires ont donc été appelés à la rescousse. Les 18.000 soldats déployés sur les sites se sont montrés affables et souriants (l’armée mettra toutefois du temps à s’en remettre, selon le témoignage d’un officier dans le Guardian), au diapason des policiers, eux aussi irréprochables. Les files d’attente étaient acceptables. Et surtout, bien sûr, il n’y a eu aucun incident majeur.

TRANSPORTS  7/10

C’était l’autre gros point d’interrogation des Jeux. Mais globalement, les dispositifs prévus ont tenu le choc. Les habitués des transports londoniens ont suivi les consignes et limité leurs déplacements. Pas d’énormes bouchons sur les routes donc, bien que la mise en service des voies olympiques, réservées aux officiels, aux athlètes et aux médias, ait connu des débuts difficiles. Le métro n’a pas échappé à quelques tensions, mais ce fut très occasionnel. Et tout s’est bien passé dans les aéroports qui ont pourtant battu des records de fréquentation.

BILLETTERIE  6/10

Les organisateurs ont été victimes de leur succès. Les billets, souvent très (trop) chers, se sont arrachés, toutes les épreuves ont affiché complet. On peut reprocher son opacité au système de vente par tirage au sort qui a fait beaucoup de déçus. Aux premiers jours des Jeux, les tribunes partiellement vides ont mis en colère des milliers de Britanniques privés de sésames. Ces places inoccupées étaient réservées aux accrédités, sponsors, officiels ou journalistes. Certaines ont été remises en vente après le début des compétitions. Trop tard pour éviter la frustration des supporters. Mais à temps pour enterrer la polémique. Au final, les stades étaient pleins, y compris pour les épreuves qualificatives. Une exception dans l’histoire olympique.

Mo Farah (ici en dernière position du peloton de tête) va remporter ce 5000m dans une ambiance incroyable. L'un des moments les plus intenses de la quinzaine olympique. © Franck Mathevon / Radio France Mo Farah (ici en dernière position du peloton de tête) va remporter ce 5000m dans une ambiance incroyable. L’un des moments les plus intenses de la quinzaine olympique. © Franck Mathevon / Radio France

AMBIANCE  9/10

De l’avis de tous, l’ambiance aura été sensationnelle dans les enceintes sportives. Les supporters britanniques y sont pour beaucoup, déchaînés quand un athlète du pays est en piste. Le célèbre fair-play national en a toutefois pris un coup. Le chauvinisme était aussi invité à la fête. Mais en la matière, les Français peuvent-ils donner des leçons ?

MEDIAS BRITANNIQUES  4/10

Aucun esprit critique, aucune distance. Dans le sillage de la BBC, dont la couverture a été exemplaire du point de vue technique, toute la presse britannique a plongé dans l’océan patriotique. Des Jeux “grandioses”, historiques”, “du jamais vu”… Voilà ce qu’on a pu lire ces derniers jours. Le succès historique du Team GB, 3ème au classement des médailles (65 dont 29 en or), a galvanisé le nationalisme, et les médias ont été emportés par la vague. Cette communion autour des Jeux a entraîné un feel good factor, un état de grâce olympique bienvenu en temps de crise. Mais les journalistes britanniques, de qui les Français ont habituellement beaucoup à apprendre, ne se sont jamais embarrassés de nuances. La BBC par exemple s’est jetée à corps perdu dans le chauvinisme ambiant, à l’image de cette reporter drapée d’un châle aux couleurs de l’Union Jack (photo ci-dessous). Est-ce bien raisonnable ?

Médias Britanniques © Franck Mathevon / Radio France Médias Britanniques © Franck Mathevon / Radio France

SPONSORS  4/10

Cible facile. Un sponsor olympique est impopulaire par définition, soupçonné de profiter de la fête pour doper ses bénéfices. De fait, à Londres, les multinationales qui financent les JO ont été particulièrement envahissantes. Et exigeantes. Seul McDonald’s était autorisé à vendre des frites au Parc olympique. Sebastian Coe, le patron des Jeux, a même déclaré juste avant l’événement qu’un spectateur vêtu d’un T-shirt Pepsi (et non Coca, sponsor officiel) n’aurait pas accès aux épreuves ! Il a heureusement été démenti mais son erreur en dit long sur le pouvoir exercé par les sponsors sur le comité d’organisation.

BENEVOLES  9/10

Exemplaires de gentillesse et de dévouement. Les 70.000 volontaires, ou Games makers, ont grandement participé à la réussite de ces JO. La psychorigidité britannique en moins, ils obtenaient un 10/10. ;-)

CEREMONIES 8/10

9/10 pour la cérémonie d’ouverture de Danny Boyle, ambitieuse, émouvante, rythmée, drôle. Une réussite. 7/10 pour celle de clôture orchestrée par Kim Gavin. Un concert géant pop-rock, léger, loufoque, excentrique. La soirée dansante après le mariage.

A cet instant de la cérémonie de clôture, hommage à la musique britannique, la flamme olympique brille encore.  © Franck Mathevon / Radio France A cet instant de la cérémonie de clôture, hommage à la musique britannique, la flamme olympique brille encore. © Franck Mathevon / Radio France

METEO  8/10

Mention très bien selon les critères britanniques. Des températures douces voire fraîches, mais peu de pluie et du soleil.

ECONOMIE, LEGS OLYMPIQUE  ?/10

Quelles seront les retombées économiques de ces JO ? Les promesses en matière de legacy (l’héritage olympique) seront-elles tenues ? Les Jeux vont-ils vraiment changer la vie des habitants des quartiers défavorisés de l’East End ?Il faudra plusieurs années, au moins, pour pouvoir répondre à ces questions et mesurer l’impact économique et social de l’événement. Le Parc olympique sera entièrement reconverti. Toutes les installations seront “recyclées” après les Paralympiques (29 août-9 septembre). Mais l’avenir du Stade n’est pas encore fixé. L’un des nombreux points d’interrogation de l’après-JO.