Ces Britanniques qui détestent l’Europe

Au sommet de Bruxelles jeudi et vendredi, tous les regards seront une fois de plus braqués sur le Royaume-Uni. Les 27 vont entamer officiellement les discussions sur le prochain budget de l’Union européenne (2014-2020) et sans surprise, les Britanniques adoptent une position radicale : pas d’augmentation des dépenses. Et inutile bien sûr d’envisager la moindre remise en question du rabais obtenu par Margaret Thatcher en 1984. David Cameron serait prêt à accepter une hausse du budget égale à l’inflation mais la Chambre des Communes a récemment voté une motion lui demandant de négocier un gel des dépenses en valeur réelle, donc une réduction.

Soyons clairs : le Premier ministre britannique n’a aucune chance d’obtenir satisfaction. D’après le Financial Times, les diplomates de l’UE sont d’ailleurs en train de mettre au point un accord à 26. Et tant pis pour la Grande-Bretagne.

David Cameron sera perdant dans tous les cas de figure.

S’il oppose son veto à Bruxelles, comme en décembre dernier, il entraînera l’exaspération de ses partenaires européens et isolera un peu plus le Royaume-Uni.

S’il accepte une hausse du budget, il reviendra à Londres sous les sifflets. Et pas seulement ceux de l’aile droite du parti conservateur. D’après un sondage publié hier dans The Observer, 56% des Britanniques sont favorables à une sortie de l’UE.

Le Royaume-Uni a rarement été aussi hostile à l’Europe. 4 familles eurosceptiques font aujourd’hui cause commune pour le plus grand malheur de David Cameron et de l’UE :

1) Les radicaux.

Ils se retrouvent sous la bannière du UKIP (prononcer “youkip”), le UK Independence Party, dont l’objectif est la sortie de l’UE. Si l’on en croit certains sondages et les résultats des scrutins partiels de jeudi dernier, le UKIP est aujourd’hui la 3ème force politique du pays, devant les libéraux-démocrates. Une menace sérieuse pour les conservateurs aux prochaines élections générales.

Gerard Batten, l'un des 12 députés européens du UKIP, le parti britannique anti-UE. © Franck Mathevon / Radio France Gerard Batten, l’un des 12 députés européens du UKIP, le parti britannique anti-UE. © Franck Mathevon / Radio France

2) Les conservateurs.

L’aile droite du parti conservateur, emmenée par des figures comme Bill Cash, veut également quitter l’Union européenne. Certains de ses représentants sont prêts à couper tous les ponts avec Bruxelles, d’autres veulent simplement garder le marché unique. Mais les Tories eurosceptiques n’iront pas jusqu’à rejoindre le UKIP. Pas question de perdre leur siège à la Chambre des communes.

3) Les  euro-méfiants.

Ils n’aiment pas l’Union européenne mais sont conscients de ses avantages. L’UE a aujourd’hui un poids diplomatique et commercial que n’aura jamais le Royaume-Uni seul. Les euro-méfiants  espèrent renégocier le contrat avec Bruxelles et “rapatrier” certains pouvoirs à Londres. David Cameron entre dans cette catégorie.

4) Les opportunistes.

On trouve ici les travaillistes d’Ed Miliband. Pro-UE, moins europhiles que le New Labour de Tony Blair, ils veulent aller dans le sens du vent et enfoncer si possible David Cameron qui n’a que des coups à prendre. Le Labour a ainsi fait alliance avec les conservateurs eurosceptiques au Parlement pour demander une réduction du budget européen. Ed Miliband tient un discours brumeux. Il se dit “attaché” à la place du Royaume-Uni au sein de l’UE mais ne rejette pas clairement l’idée d’un référendum que David Cameron envisage sérieusement pour la prochaine législature.

Il est peu probable que le Royaume-Uni quitte l’Union européenne demain. Même si un référendum était organisé, la question pourrait être plus subtile que “in or out ?”. Et les trois principaux partis feraient sans doute campagne pour le maintien dans l’UE.

Une autre hypothèse devient en revanche de plus en plus crédible : celle d’une Europe à deux vitesses, le marché unique d’un côté et une union monétaire, politique et fiscale de l’autre.