Le complot national de Hillsborough

C’est l’une des pires tragédies de l’histoire du football et l’un des plus gros scandales de l’Angleterre du XXème siècle. Un dossier pourtant méconnu en France.

15 avril 1989 : le stade de Hillsborough, à Sheffield, accueille une demi-finale de Coupe d’Angleterre entre Liverpool et Nottingham Forest. Une bousculade géante va entraîner la mort de 96 personnes.

A l’époque, la police et les autorités mettent ce drame sur le compte de l’alcool, du hooliganisme et de l’irresponsabilité des supporters. Le Sun va notamment sortir une édition accablante (voir ci-dessous) : “The Truth” (la vérité) barre la une du quotidien. Le tabloïd affirme que des fans de Liverpool ivres morts auraient attaqué les policiers et les secouristes. Ils auraient volé les morts, uriné sur les cadavres et même violé une victime !

Un mensonge.

La "vérité" en Une du Sun © DR La « vérité » en Une du Sun © DR

Un rapport publié hier, 23 ans après les faits, prouve enfin que cette version de la tragédie a été montée de toutes pièces. Depuis plusieurs années déjà, on savait que la vérité était ailleurs. La publication de 400.000 pages de documents officiels, longtemps inaccessibles, dément catégoriquement la première enquête qui avait conclu à un accident et montre l’étendue du complot. D’après la commission indépendante mise en place en 2009, non seulement la thèse des policiers est totalement fausse mais leur responsabilité dans le drame saute aux yeux. Plus grave encore, des dizaines de vies auraient sans doute pu être sauvées.

Les policiers du South Yorkshire ont failli dans leur mission. Ils connaissaient les risques. La bousculade était prévisible. Ils ont par la suite falsifié des dizaines de témoignages pour calomnier les fans de Liverpool et sauver la face.

Les secours sont eux aussi mis en cause. S’ils avaient poursuivi leurs efforts, 41 victimes auraient pu être sauvées. Quant à l’alcoolémie des supporters, rien d’anormal. Le gouvernement Thatcher n’est pas exempt de reproches. Il est accusé d’avoir entretenu une “culture d’impunité” au sein de la police, un allié précieux dans les années 80 lorsqu’il fallait mater la grève des mineurs.

Devant le Parlement hier, David Cameron s’est dit “profondément désolé” au nom du gouvernement. Les familles des victimes, soutenues par des responsables politiques et d’anciens chefs de la police, veulent maintenant aller plus loin et poursuivre en justice ceux qui ont orchestré le complot.

Le Sun, de son côté, a signé aujourd’hui la une ci-dessous. Le temps des regrets. Le rédacteur en chef du tabloïd à l’époque, Kelvin MacKenzie, a présenté ses excuses. Mais aujourd’hui encore, à Liverpool, sur les bords de la Mersey, personne ne lit le journal du groupe Murdoch. Un boycott qui dure depuis 23 ans.

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