David Cameron et le piège européen

David Cameron ne voulait surtout pas que son mandat de Premier ministre soit hanté par l’Europe. Raté.

La crise de l’euro est passée par là et l’Union européenne obsède les commentateurs et la classe politique britanniques.

L’europhobie est aujourd’hui virale. Une épidémie qui frappe toutes les classes sociales, tous les partis (à l’exception des libéraux-démocrates, et encore). En résumé, vu de Londres, la vie serait nettement plus simple sans Bruxelles !

Le débat du moment, c’est le prochain budget de l’UE. Un sommet des 27 doit en décider les 22 et 23 novembre. David Cameron a déjà annoncé son intention d’opposer son veto à toute augmentation du budget.

En réalité, le Premier ministre britannique souhaite un gel des dépenses en valeur réelle. Il est prêt à accepter une augmentation de la contribution britannique (13 milliards d’euros en 2011, 12% du total) égale à l’inflation (+2% environ).

Sans surprise, l’aile eurosceptique du parti conservateur veut aller plus loin. De nombreux parlementaires demandentun gel strict du budget européen à l’heure de l’austérité, et donc une réduction de facto des dépenses. Une motion à ce propos, déposée par le député Tory Mark Reckless, sera examinée demain, mercredi 31 octobre, à la Chambre des Communes.

Etonnamment, l’opposition travailliste pourrait s’associer aux conservateurs eurosceptiques et voter pour cet amendement. C’est ce que laisse entendre une tribune signée Ed Balls et Douglas Alexander, deux hauts responsables du Labour, publiée hier dans le Times (le lien est payant mais vous avez tout sur ce site proche du parti conservateur).

En clair, au nom de l’austérité budgétaire, la droite et la gauche (un peu de mauvaise foi sur ce coup là) pourraient faire cause commune et piéger David Cameron. Même si cette motion n’est pas contraignante, difficile pour le Premier ministre de l’ignorer, ce qui condamnerait à l’échec les négociations en cours. Il est déjà peu probable que les 27 se mettent d’accord sur une hausse du budget de l’UE limitée à l’inflation. Un gel strict, une réduction des dépenses en valeur réelle, est donc impensable.

D’où une grosse migraine pour David Cameron ET les diplomates européens.

Le Premier ministre britannique est perdant dans tous les cas de figure. S’il brandit son veto et n’obtient pas d’accord avec ses partenaires, le budget sera tacitement reconduit et coûtera encore plus cher à son pays. S’il parvient à s’entendre avec les 26, il aura sans doute cédé du terrain et énervé un peu plus les eurosceptiques.

La motion débattue demain n’est qu’anecdotique. Seule une trentaine de députés conservateurs seraient prêts à voter l’amendement et il n’est pas encore certain que les travaillistes l’approuvent. Mais quoiqu’il advienne, l’Europe est désormais l’une des lignes de fracture les plus profondes de la société britannique. Un référendum sur les relations entre le Royaume-Uni et l’UE semble inéluctable. Il fera sans doute partie du prochain programme électoral des conservateurs. Et comme l’opinion veut être consultée sur le sujet, les travaillistes seront obligés de suivre.

Attendez-vous donc à entendre encore beaucoup parler d’Europe en Grande-Bretagne dans les années à venir.