David Miliband, l’homme qui aurait dû être Premier ministre

Après avoir parlé de l’homme qui pourrait devenir Premier ministre, le conservateur Boris Johnson, parlons de celui qui a sans doute renoncé à l’être, David Miliband.

L’ancien ministre des Affaires étrangères a longtemps été le grand espoir du parti travailliste, porté en haute estime à la fois par Tony Blair et par Gordon Brown, un exploit au Labour. Mais hier, David Miliband a annoncé son retrait de la vie politique. Il quitte son poste de député de South Shields et part à New York diriger l’ONG américaine International Rescue Committee.

Il s’est expliqué sur son choix dans une série d’interviews :

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A n’en pas douter, le job l’intéresse et lui offrira une tribune mondiale. L’IRC travaille étroitement avec l’ONU et la Maison Blanche.

Mais David Miliband n’accomplit pas le rêve de sa vie. Avant tout, il fuit la vie politique britannique qui l’a rejeté dans l’ombre de son frère. Ou peut-être fuit-il son frère qui l’a rejeté dans l’ombre de la vie politique britannique.

Car en 2010, David, à qui le trône du Labour était promis, a dû s’incliner devant son cadet Ed, élu de justesse grâce aux voix syndicales (50,65% contre 49,35%). Une humiliation pour le prodige du parti, favori des députés de son camp.

David Miliband est sans doute plus talentueux que son frère, plus subtil, plus charmeur, meilleur orateur. Mais il est aussi, selon ses détracteurs, plus froid, plus prétentieux, moins sincère. Un peu trop New Labour aussi, marqué au fer rouge par les années Blair et Brown. Lors de la course au leadership du parti, il n’a pas su se débarrasser de cette étiquette. Sûr de son destin, il n’a pas jugé nécessaire de courtiser les électeurs hésitants qui lui auraient offert la victoire.

Vexé, David a renoncé au front bench, le cabinet “fantôme” d’opposition. Pas question de se retrouver aux ordres d’un frère qu’il a toujours regardé de haut. Mais, simple député, simple “frère de”, il n’a jamais réussi à faire entendre sa voix. Chacune de ses prises de position alimentait le “soap-opera” selon sa propre expression.

Alors David a choisi de prendre le large.

Il émigre en famille aux Etats-Unis. Il assure sans conviction qu’Ed serait “a great Prime minister”. Certains de ses amis, comme l’ancien ministre Peter Mandelson, veulent croire à un possible come-back.

Mais dans la vie politique britannique, on a rarement droit à une seconde chance.