La droite radicale aux portes du Parlement britannique

Longtemps le Royaume-Uni a fait figure d’exception en Europe. L’un des rares pays où la droite nationaliste, extrémiste, obtenait des scores marginaux aux élections. Ce n’est plus le cas.

Le UKIP (prononcer “youkip”) vient de signer le meilleur résultat de son histoire lors d’une législative partielle. Diane James recueille près de 28% des suffrages à Eastleigh, une circonscription vacante depuis la démission de l’ancien ministre libéral-démocrate Chris Huhne en raison de démêlés judiciaires. Les lib-dems, au grand soulagement du vice-Premier ministre Nick Clegg, conservent leur siège de justesse ; Mike Thornton obtient 32% des voix. Les conservateurs sont relégués à une humiliante 3ème place (25%). Les travaillistes, traditionnellement faibles dans le sud de l’Angleterre, plafonnent à 10%.

Pour prendre la mesure de ce coup de théâtre politique, il faut comparer ces résultats avec ceux de 2010 : les lib-dems perdent 14,5% des voix ; les conservateurs chutent de 14% ; les travaillistes stagnent ; et le UKIP gagne 24,2% !

En clair, les déçus de la coalition au pouvoir se sont presque tous tournés vers ce parti radical, longtemps confidentiel, qui surfe aujourd’hui sur l’europhobie et la crise économique.

Le UK Independence Party de Nigel Farage n’est pas aussi extrémiste que le British National Party de Nick Griffin. Mais son programme présente de nombreux communs avec, par exemple, le Front National. D’ailleurs, en visite récemment à Cambridge où elle était invitée par une association étudiante, Marine Le Pen s’est targuée d’entretenir des relations étroites avec le UKIP.

Marine Le Pen avec les médias français lors de sa visite à Cambridge le 19 février, à l'invitation de la Cambridge Union Society. © Franck Mathevon / Radio France Marine Le Pen avec les médias français lors de sa visite à Cambridge le 19 février, à l’invitation de la Cambridge Union Society. © Franck Mathevon / Radio France

Il existe toutefois une différence majeure entre les deux formations : le UKIP veut moins d’Etat, à l’image du Tea Party américain. Pour le reste, c’est un parti nationaliste qui souhaite une sortie immédiate de l’Union européenne. Bruxelles est responsable de tous les maux du pays. Et quand ce n’est pas Bruxelles, ce sont les étrangers ; le UKIP entend geler l’immigration pendant 5 ans. Ajoutez à cela la réduction massive des impôts, le renforcement de la sécurité, et quelques mesures libertaires comme la remise en cause de l’interdiction de fumer dans les lieux publics, et vous aurez une idée assez claire du programme du parti.

Difficile d’expliquer le succès du UKIP dans un pays réputé pour son pragmatisme. N’en déplaise à Nigel Farage, une grande gueule excentrique dont raffolent les médias, il s’agit d’un vote protestataire. Les Britanniques sont déçus par le gouvernement Cameron, lassés de l’austérité qui plombe la croissance, et ne font pas confiance aux travaillistes emmenés par Ed Miliband, leader falot que personne n’ose vraiment imaginer au 10 Downing Street.

L’Europe n’explique qu’en partie la progression du UKIP dont David Cameron n’a pas réussi à éloigner la menace malgré sa promesse d’un référendum sur l’UE d’ici à 2017.

Il est aujourd’hui fort possible que ce parti radical de droite entre au Parlement en 2015, et absolument certain qu’il prendra beaucoup de voix aux conservateurs.