Kate, la duchesse intouchable

Closer a donc publié des photos de Kate, duchesse de Cambridge, seins nus. So what ?

Difficile de se faire l’avocat d’un magazine qui fouille dans les poubelles des people pour vendre du papier, mais franchement, ces clichés volés méritent-ils une telle couverture médiatique en Angleterre ?

Kate sein nu à la Une de Closer © DR Kate sein nu à la Une de Closer © DR

Le monde musulman s’embrase contre la diffusion d’un film anti-islam mais c’est le “topless-gate” qui faisait hier l’ouverture des JT en Grande-Bretagne. Et ce matin, l’affaire est à la une de toute la presse anglaise.

Le ton est unanime. Ces photos n’auraient jamais dû être publiées, une intolérable atteinte à la vie privée. Le Palais St James, résidence officielle de William et Kate, est monté sur ses grands chevaux : “grotesque”,“totalement injustifiable”, “un retour 15 ans en arrière”. Naturellement, aucun journal anglais ne montre aujourd’hui les clichés de la future Reine à moitié nue. Au contraire, tous les quotidiens apportent leur soutien à Kate. Seul le Guardian évite de donner des leçons.

Certes, la jeune femme n’a pas offert son corps au regard des curieux. Elle a enlevé le haut dans un cadre privé, sur la terrasse d’un château provençal. Le photographe a indiscutablement violé l’intimité du couple, et ses images, qui n’ont aucune valeur informative, n’ont pas été diffusées dans l’intérêt du public. Closer, attaqué en justice par le prince William et son épouse, perdra son procès lundi. Aucun doute là-dessus.

Mais le Royaume n’est pas pour autant en danger. La presse anglaise n’a pas cessé subitement de porter aux nues la duchesse de Cambridge, couverte d’éloges à chacune de ses apparitions publiques. Son voyage en Asie cette semaine, au cours duquel elle a tenu son premier discours officiel à l’étranger, est un triomphe. La colère de William, qui tient les paparazzi pour responsables de la mort de sa mère, est compréhensible, mais Kate n’est pas Diana. Elle est bien plus protégée, encadrée, coachée. A ce propos, peut-être eût-il fallu conseiller à la future Reine de garder son maillot de bain sur une terrasse visible de la route (de très loin, avouons-le!).

Deuxième remarque : la famille royale entend contrôler les médias étrangers. La presse anglaise est aux ordres de Buckingham. Peur de perdre des lecteurs dans un pays où la monarchie n’a jamais été aussi populaire. L’action en justice contre Closer vise donc à dissuader d’autres journaux, au-delà des frontières britanniques, de diffuser les photos de Kate topless, ce qu’a fait aujourd’hui le Irish Daily Star, un quotidien irlandais, et ce que compte faire notamment le magazine italien Chi. La démarche du Palais semble vaine : on trouve sur Internet en moins d’une minute les clichés de la jeune mariée seins nus. On peut même voir un peu d’arrogance dans la réaction outrée des Windsor et leur volonté de maîtriser totalement leur image. A l’étranger, les membres de la famille royale britannique sont souvent perçus comme de simples people, des vestiges du passé, les rescapés d’une institution anachronique.

Troisième remarque : le prince Harry, immortalisé nu comme un ver lors d’une soirée en août à Las Vegas, n’a pas eu droit à l’indulgence dont bénéficie sa belle-soeur. Lui aussi a été surpris dans un cadre privé. Mais le Sun a fini par publier les photos au prétexte que tout le monde les avait vues sur Internet (voir ci-dessous). Bizarrement, l’argument n’est plus valable pour Kate, dont les seins sont visibles en trois clics sur n’importe quel ordinateur. En réalité, dans le cas de Harry, affleure un débat inavouable sur la moralité du prince : en gros, un héritier de la couronne d’Angleterre peut-il faire la fête à poil avec des inconnus à Las Vegas ? Voilà la seule vraie différence entre Harry et Kate, dont la semi-nudité dans un cadre privé ne semble pas choquer la pudibonde Angleterre.

Harry nu, passe encore, mais vous ne verrez jamais un teton de Kate dans la presse anglaise! © DR Harry nu, passe encore, mais vous ne verrez jamais un teton de Kate dans la presse anglaise! © DR

Enfin, les journalistes britanniques profitent de l’affaire pour dénigrer leurs homologues français. Ils s’étonnent que l’orgueilleuse presse parisienne, si “molle” avec ses responsables politiques (Daily Mail), s’autorise à publier des photos aussi indiscrètes. “Nous avons maintenant une autre raison de ne pas aimer les Français”, ose leSun. Outre l’amalgame entre magazines people et journaux sérieux (rappelons qu’il n’existe pas de tabloïds en France),les médias anglais sont assez mal placés pour donner des leçons alors que les braises du scandale Murdoch sont encore brûlantes (les recommandations de la commission Leveson sur l’éthique des médias, mise en place l’an dernier, sont attendues en novembre). En matière d’abus, de dérapages, d’excès, la presse britannique n’a rien à envier à la presse française. Elle a certes beaucoup de choses à lui apprendre mais les journalistes anglais, qui survendent régulièrement de faux scoops,  gagneraient parfois à plus de modération. Ou au contraire à plus d’impertinence quand ils s’intéressent aux Windsor.

Bien sûr, Closer savait très bien que les photos de Kate feraient scandale, et sa rédactrice en chef Laurence Pieau se ne trompe personne en jouant les vierges effarouchées devant l’ampleur de la polémique. Mais où est vraiment l’hypocrisie dans cette affaire ?