Pourquoi l’Angleterre est phallocrate

Attention, sujet sensible. Il est toujours délicat d’accoler à un pays une épithète peu flatteuse et le Royaume-Uni n’est certainement pas le pire exemple européen. Mais indiscutablement, la condition féminine n’y est pas la même qu’en France.

Hier, le gouvernement Cameron a annoncé une aide à la garde d’enfants pouvant atteindre £1200 par an. Seuls les ménages où deux parents travaillent pourront bénéficier de ce dégrèvement fiscal. Un moyen d’inciter les femmes à chercher un emploi alors qu’il est souvent plus avantageux financièrement de rester à la maison pour éviter les frais de garde. Mais d’après la puissante presse conservatrice, cette mesure est “hostile aux familles traditionnelles”. C’est “une insulte aux mères aux foyer”, s’indigne en une le Daily Mail.

La Une du Daily Mail © DR

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Et ce n’est là qu’un exemple de la condition des femmes au Royaume-Uni. De ce côté de la Manche, il est, disons, normal qu’une mère s’occupe seule, toute la journée, de son enfant avant son entrée à l’école, obligatoire à l’âge de 5 ans. Les crèches (nursery schools) ferment souvent leurs portes à 15h ou 15h30 et beaucoup d’enfants ne découvrent l’école qu’en Reception, la première année de maternelle anglaise, à 4 ans.

Des municipalités et des entreprises proposent des aides mais il n’y a pas de dispositif universel de soutien pour la garde d’enfants. Quand la maman d’un enfant en bas âge travaille car la famille a trouvé une crèche, c’est souvent à temps partiel. Les établissements ferment trop tôt pour espérer mieux. Seuls les ménages aisés peuvent s’offrir une nounou à plein temps.

Il y a de quoi s’étonner d’une telle inégalité entre hommes et femmes dans un pays en pointe en matière de défense des minorités. Dans beaucoup de domaines, les droits des homosexuels, la lutte contre les discriminations, etc, le Royaume-Uni est plus avancé que la France. Mais pour la condition féminine, on repassera.

La Chambre des Communes ne compte que 22% de députées (27% en France, loin d’être un modèle). Les femmes sont très peu représentées dans les boards des grandes entreprises du pays.

La Grande-Bretagne a beau être le pays des suffragettes d’Emmeline Pankhurst, une fierté nationale, il faut se rappeler que les femmes étaient totalement soumises dans la société victorienne anglaise, dépourvues de toute capacité juridique. L’un des plus mauvais exemples du monde développé.

Ça n’a pas beaucoup changé.