Les conséquences du revers parlementaire de Cameron

Barack Obama va donc demander l’aval du Congrès américain pour frapper la Syrie. Son administration a forcément tiré les leçons du revers de David Cameron à la Chambre des communes en s’assurant que les parlementaires étaient favorables à une action militaire.

Lors de son allocution ce samedi à la Maison Blanche, le président américain a pris soin de citer le Royaume-Uni, “notre plus proche allié”. Mais hier, en présentant les preuves de la responsabilité du régime de Bachar Al-Assad dans l’attaque chimique du 21 août, le secrétaire d’Etat John Kerry n’a même pas mentionné la Grande-Bretagne. Pire, il a mis en avant le soutien de la France, “notre plus vieil allié”. A croire que Paris a remplacé Londres dans le cœur des Américains.

C’est la première conséquence de l’échec parlementaire de David Cameron : la blessure infligée à la special relationship entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, dont le Sun a même annoncé la mort ce matin en une. L’enterrement aura lieu à l’ambassade de France, annonce le tabloïde dans un facétieux faire-part de décès.

The Sun titre "DEATH NOTICE" © DR

The Sun titre « DEATH NOTICE » © DR

Les autres journaux britanniques sont au diapason. Pour le Daily Mail, “les USA snobent la Grande-Bretagne − et font ami-ami avec les Français“. Étonnant renversement de l’Histoire quand on se remémore les noms d’oiseaux accolés à la France lors de l’intervention en Irak en 2003. L’expression “cheese-eating surrender monkeys” (singes capitulards mangeurs de fromages) avait fait florès.

En réalité, l’axe Londres-Washington reste solide. Les deux pays sont côte à côte en Afghanistan. Leurs services de renseignement travaillent de concert, en particulier au Moyen-Orient. L’aide du MI6 sera précieuse en cas d’intervention en Syrie. Mais aux yeux de l’administration Obama, Cameron n’est plus aussi fiable qu’il y a huit jours. Le Royaume-Uni ne semble plus disposé à suivre les États-Unis sur les grandes questions diplomatiques et stratégiques. On peut y voir une émancipation salutaire mais il s’agit surtout d’une nouvelle étape vers l’isolationnisme dont témoigne aussi le débat sur l’Europe.

Londres, qui s’éloigne à la fois de Bruxelles et de Washington, perd forcément de son influence dans le monde.

Sur la scène intérieure, David Cameron ressort très affaibli de cet échec parlementaire, le plus cinglant de sa carrière politique. Ces derniers mois pourtant, les signaux économiques étaient encourageants. Sa politique d’austérité semblait porter ses fruits. Le Premier ministre croyait avoir fait le plus dur.

Retour six mois en arrière.

Cela dit, l’actualité internationale a généralement peu d’impact sur les équilibres politiques nationaux. Si l’économie britannique repart pour de bon, les électeurs pourraient ne pas tenir rigueur à Cameron de son faux pas syrien.

Cet épisode aura par ailleurs un mérite pour les conservateurs. Les libéraux-démocrates, favorables à une intervention en Syrie, n’ont pas du tout apprécié la valse-hésitation des travaillistes. Une coalition entre les deux partis après les prochaines élections semble aujourd’hui moins probable.

Les travaillistes justement… leur leader Ed Miliband, opportuniste, profite des circonstances, de l’affaiblissement du Premier ministre, mais il n’a guère brillé jeudi à la Chambre des communes. Il en faudra plus pour renforcer durablement son autorité.

L’opinion britannique pourrait donc pardonner à David Cameron ses erreurs sur la Syrie. En fait, c’est surtout aux yeux du monde que le chef du gouvernement britannique a perdu de sa crédibilité et de son aura, entraînant son pays dans sa chute.

Jeudi prochain, au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, sa voix sera forcément un peu moins audible.