Les erreurs de jugement de David Cameron sur la Syrie

Comment en est-il arrivé là ? David Cameron a subi hier soir un terrible camouflet à la Chambre des communes. Sa motion (texte intégral ici) défendant le principe d’une intervention en Syrie, “une action militaire si nécessaire”, a été rejetée de 13 voix (285 contre, 272 pour). Personne ne s’attendait à un tel résultat. Le gouvernement a aussitôt annoncé qu’il renonçait à participer à des frappes.

Ce désaveu porte un sérieux coup à l’autorité du Premier ministre britannique, déjà malmené sur l’Europe. Cameron a commis au moins trois erreurs de jugement qui mettent en doute aujourd’hui une intervention en Syrie. Les Américains ne peuvent plus compter que sur la France comme allié majeur.

D’abord, le chef du gouvernement n’a pas mesuré le traumatisme de l’engagement britannique en Irak en 2003. Les erreurs de Tony Blair ont laissé des traces. Des preuves insuffisantes, une action militaire sans mandat de l’ONU, le risque d’un enlisement… de quoi réveiller beaucoup de mauvais souvenirs. Hier, David Cameron a souligné que l’Irak ne devait pas “empoisonner” le débat et “paralyser” le pays, mais le Royaume-Uni est aujourd’hui moins va-t-en-guerre et les mots n’y changeront rien. D’après les sondages, seuls 22 à 25% des Britanniques sont favorables à une intervention en Syrie.

Deuxième erreur du Premier ministre britannique : ne pas s’être assuré que l’opposition travailliste partageait son analyse. Cameron croyait avoir convaincu Ed Miliband avec qui il s’est longuement entretenu mardi mais celui-ci lui a tourné le dos en 24h. Une volte-face liée au désir de ne pas fâcher la frange pacifiste du Labour et, sans doute, à un peu d’opportunisme. Hier, les travaillistes ont présenté un amendement demandant, entre autres, plus de preuves de la responsabilité du régime syrien dans l’attaque chimique du 21 août, et ont voté massivement contre la motion gouvernementale.

Enfin, troisième erreur : ne pas avoir réussi à convaincre son propre camp de la nécessité d’intervenir en Syrie. 39 députés de la majorité, 30 conservateurs et 9 libéraux-démocrates, ont rejeté le principe d’une action militaire. David Cameron aurait pu, aurait dû sentir que les parlementaires étaient indécis, encore sous le coup du passage en force de Tony Blair en 2003. La Chambre des communes avait alors validé la participation britannique à une invasion de l’Irak mais Blair avait longtemps ignoré les critiques.

Ces trois erreurs plongent le Royaume-Uni dans une grave crise de politique étrangère que certains comparent même à Suez, en 56, quand le pays a définitivement perdu son statut de superpuissance. Les Américains consulteront-ils Londres à l’avenir ? La special relationship entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis a-t-elle encore un sens ?

Si d’aventure Washington décidait de ne pas intervenir en Syrie en réponse à l’attaque chimique du 21 août, Bachar Al-Assad pourrait remercier… David Cameron.