Les excuses désespérées de Nick Clegg

Nick Clegg est aujourd’hui l’un des hommes politiques les plus détestés du Royaume-Uni. Humilié dans les sondages, le vice-Premier ministre britannique, leader des libéraux-démocrates, navigue à 10% d’opinions favorables.

Il s’est aliéné une grande partie de l’électorat peu après le scrutin de 2010 en approuvant la réforme des frais universitaires. Il avait pourtant promis pendant la campagne que ceux-ci n’augmenteraient pas. Mais Nick Clegg a dû composer avec ses nouveaux alliés conservateurs.

Il a donc mangé son chapeau.

Une année de faculté coûte aujourd’hui deux à trois fois plus cher. Les nouveaux tarifs universitaires viennent d’entrer en vigueur.

Partout où il se déplace, le patron des lib-dém a droit aux mêmes reproches sur cette promesse non tenue. Nick Clegg en a eu assez et hier, à trois jours de l’ouverture du Congrès de son parti à Brighton, il a présenté ses excuses dans un message vidéo :

[youtube]https://youtu.be/KjOa1bWYMs8[/youtube]

Dans un grand numéro d’acteur, il tient à peu près ce langage :

“Cette promesse avait été faite avec les meilleures intentions mais nous n’aurions pas dû la faire sans être absolument sûrs de pouvoir la tenir. Je n’aurais pas dû m’engager sur une politique aussi coûteuse alors que l’argent manquait. (…) Ce n’est pas une chose aisée à dire. Nous avons fait une promesse, nous ne l’avons pas tenue, et j’en suis désolé. Quand on fait une erreur, on doit s’excuser. Mais ce qui est important, ce qui est le plus important, c’est qu’on doit apprendre de ses erreurs. Et c’est ce que nous ferons. Je ne ferai plus jamais une promesse à moins que notre parti soit absolument certain qu’elle peut être tenue.”

Petite subtilité de rhétorique : Nick Clegg ne présente pas ses excuses pour avoir RENIÉ sa promesse mais pour avoir FAIT cette promesse pendant la campagne.

Le vice-Premier ministre fait le pari que son honnêteté va payer, qu’une faute avouée est à demi-pardonnée, et que les électeurs salueront son courage (ou son numéro d’acteur).

Peut-être.

Mais pour l’heure, les excuses de Nick Clegg lui attirent surtout des quolibets. Les pastiches ont fleuri sur la Toile.

Du plus dansant…  (ce remix signé The Poke, un site satirique, est devenu un énorme tube sur le Web et devrait même sortir en single sur iTunes, avec l’accord de Nick Clegg, beau joueur, au profit d’un hôpital pour enfants)

[youtube]https://youtu.be/KUDjRZ30SNo[/youtube]

…au plus drôle. (en sous-titres, la traduction “honnête” des propos de Nick Clegg)

[youtube]https://youtu.be/U_3Bqh8ZBAg[/youtube]

La presse britannique porte un jugement sévère sur cette repentance tardive. A l’exception du Times, les journaux y voient un signe de faiblesse. D’après le Guardian, les conseillers de Nick Clegg eux-mêmes n’étaient pas d’accord. Quand à l’opposition travailliste, elle s’amuse des “larmes de crocodile” du vice-Premier ministre.

Tentative désespérée pour reconquérir des électeurs perdus, les excuses publiques de Nick Clegg auront du mal à convaincre ceux qui se sentent trahis. Plus ennuyeux, elles offrent à tous les détracteurs des libéraux-démocrates une preuve éclatante de l’amateurisme du parti.

Le dessin de Steve Bell aujourd’hui dans le Guardian. Nick Clegg, assisté de Vince Cable, autre poids lourd des lib-dems, nettoie le slogan de campagne du parti. © Steve Bell / The Guardian Le dessin de Steve Bell aujourd’hui dans le Guardian. Nick Clegg, assisté de Vince Cable, autre poids lourd des lib-dems, nettoie le slogan de campagne du parti. © Steve Bell / The Guardian