L’histoire du polar secret de J.K. Rowling

Un inconnu, Robert Galbraith, ancien militaire, signe un polar salué par la critique, The Cuckoo’s Calling. Trois mois après sa sortie, le livre s’est vendu à quelques centaines d’exemplaires seulement. Est alors révélée dans le Sunday Times la véritable identité de l’auteur, J.K. Rowling, cachée derrière un pseudonyme. Le livre devient un énorme succès.

Voilà l’histoire, à la fois heureuse et triste, du dernier best-seller de la littérature britannique.

Heureuse car l’anecdote est croustillante. Elle s’ajoute à la longue liste des écrivains dissimulés derrière un pseudo pour tromper les critiques, faire parler de soi ou au contraire goûter à l’anonymat : Romain Gary/Emile Ajar, Stephen King/Richard Bachman, Julian Barnes/Dan Kavanagh, etc. On pense aussi à tous les éditeurs floués qui se mordent les doigts d’avoir refusé le manuscrit.

Triste car un inconnu peut donc passer complètement à côté du succès malgré son talent.

Triste enfin car la réussite appelle la réussite. Si J.K. Rowling écrivait un annuaire, il s’écoulerait sans doute à plusieurs milliers d’exemplaires. On enfonce des portes ouvertes, certes, mais rares sont les histoires qui mettent ainsi au jour les ressorts de l’industrie du livre.

Couverture de "The Cuckoo's Calling" © DR Couverture de « The Cuckoo’s Calling » © DR

The Cuckoo’s Calling (L’Appel du coucou) raconte l’enquête mouvementée du détective Cormoran Strike sur la mort suspecte d’un top-model (extrait à lire sur le site du Guardian).

Les rares exemplaires du livre encore en magasin se sont arrachés dés dimanche après la révélation de l’imposture.300.000 ouvrages, en cours d’impression, devraient atterrir dans les librairies jeudi. Et le bouquin triomphe déjà sur internet, en tête des ventes chez Amazon et iTunes.

Au service de presse de Waterstones, la grande enseigne de librairie britannique, Jon Howells, joint au téléphone, ne cache pas son enthousiasme : “C’est une excellente nouvelle pour nous, pour les lecteurs, pour les fans de J.K. Rowling. D’habitude il n’y a pas d’événement littéraire au cœur de l’été. C’est une situation unique. Ce livre va rester numéro 1 pour très longtemps je pense.”

L’éditeur Little, Brown se réjouit de ce coup littéraire. Sur son site internet, la page de présentation du livre est un modèle de sobriété. L’auteur Robert Galbraith est présenté comme un ancien militaire, père de deux garçons. Impossible de repérer la supercherie. On se demande d’ailleurs comment le pot aux roses a été découvert.

Le Sunday Times aurait été informé via Twitter. Puis le journal aurait mené son enquête, faisant notamment appel à un expert en computer linguistics, Peter Millican, professeur au Hertford College à Oxford, qui a mis au point un logiciel permettant de comparer et d’analyser les textes littéraires (tous les détails ici).

Le deuxième épisode des aventures du détective Cormoran Strike est attendu l’été prochain. Après Harry Potter, voilàpeut-être le nouveau jackpot de la littérature britannique. Comme le suggère un éditeur, “faisons croire au public que tous les livres sont en réalité signés J.K. Rowling et l’industrie sera sauvée !”