L’interminable feuilleton Litvinenko

Marina Litvinenko, 50 ans, dégage une incroyable sérénité pour une femme au cœur d’un des dossiers diplomatiques les plus sensibles du Foreign Office.

Son époux, Alexandre Litvinenko, transfuge du FSB (ex-KGB), est mort à Londres en novembre 2006 des suites d’un empoisonnement au polonium, une substance radioactive. Quelques heures avant les premiers symptômes, il avait bu un thé avec Andreï Lougovoï et Dmitri Kovtun, deux anciens agents russes, dans un grand hôtel londonien.

Les deux hommes ont laissé derrière eux de nombreuses traces de radioactivité. Lougovoï, aujourd’hui député en Russie, est considéré comme le principal suspect du meurtre par les enquêteurs britanniques. Il clame son innocence et refuse de participer à l’enquête judiciaire en cours.

Alexandre Litvinenko, dissident russe anti-Poutine qui avait obtenu la nationalité britannique, travaillait au moment de sa mort pour les services secrets anglais et espagnols. A-t-il été tué car il disposait d’informations pouvant porter préjudice au Kremlin ? Son épouse en est convaincue. Elle l’a dit dans une interview accordée à Radio France.

Marina Litvinenko © Franck Mathevon / Radio France

Marina Litvinenko © Franck Mathevon / Radio France

L’affaire mine depuis plusieurs années les relations diplomatiques entre Londres et Moscou. Mais depuis l’arrivée au pouvoir de David Cameron, le gouvernement britannique semble vouloir se réconcilier avec les Russes.

Le mois dernier, le ministre des Affaires étrangères William Hague a ainsi demandé au coroner, le juge qui enquête sur la mort de Litvinenko, de ne pas utiliser certains documents confidentiels pouvant compromettre la Russie, au nom de la sécurité nationale. Le magistrat a dû céder aux exigences du Foreign Office. Impossible dans ces conditions de mener une enquête complète et juste.

“Consternée”, Marina Litvinenko ne croit pas à un accord politique formel entre Londres et Moscou mais elle pense que David Cameron s’emploie à ne surtout pas froisser Vladimir Poutine. Pas question de porter atteinte aux relations commerciales entre les deux pays.

Dernier espoir : l’ouverture d’une public inquiry, une enquête publique, qui pourrait permettre l’examen de certaines pièces en secret et l’audition de témoins à huis clos. Une décision doit être prise d’ici au 3 juillet mais elle pourrait être encore repoussée, les contretemps judiciaires étant devenus la norme dans cette affaire sans fin.

Malgré tous les obstacles qu’elle a rencontrés, Marina Litvinenko garde confiance en la justice britannique. Elle remercie le Royaume-Uni de lui offrir une telle liberté d’expression, inimaginable en Russie. Mais elle ne comprend pas que son pays d’adoption ne mette pas tout en œuvre pour condamner les assassins de son mari, un citoyen britannique qui se croyait enfin en sécurité à Londres après avoir osé défié le Kremlin.