Et si on disait du mal des JO de Londres…

Tous les vieux grognards de l’olympisme vous le diront : ces Jeux de Londres sont exceptionnels. L’organisation est exemplaire. La ferveur populaire n’a pas d’égal dans l’histoire des JO. Les sourires et la gentillesse des 70.000 bénévoles surprennent tous les visiteurs. Mais ce tableau n’est que partiel. Il est temps de briser le mythe de Jeux irréprochables!

D’abord, les installations olympiques ne font pas l’unanimité. Le Parc de Stratford ne soutient pas la comparaison avec les magnifiques sites du beach-volley, à Horse Guards Parade, ou de l’équitation, à Greenwich. Les infrastructures ont été conçues pour être reconverties après les Jeux mais les tribunes démontables défigurent certaines enceintes. L’extension provisoire de la piscine a métamorphosé le projet de l’architecte Zaha Hadid. Idem pour le Stade, dont les trois quarts des sièges sont voués à disparaître après les Jeux. La salle ExCel où se déroulent les épreuves de boxe, de judo ou de tennis de table, ressemble à un immense entrepôt que les logos olympiques ne parviennent pas à égayer.

D’une manière générale, le Parc olympique est un lieu oppressant, envahi par la foule, trop exigu pour ses centaines de milliers de visiteurs quotidiens. A bord des navettes des médias, le journaliste accrédité découvre les coulisses des installations. Les bus de la presse circulent entre le Stade et des terrains vagues envahis de détritus et hérissés de locaux provisoires en tôle. Comme une désagréable impression de visiter les cuisines sales d’un restaurant réputé.

La couverture de la BBC est technologiquement remarquable. Il est possible de suivre toutes les épreuves en direct grâce à un ingénieux système de zapping éprouvé à Wimbledon. Mais les choix et les commentaires sont affreusement partiaux. Les confrères français et étrangers n’en reviennent pas. La moindre médaille de bronze occasionne un déluge d’enthousiasme et de patriotisme. Seuls Usain Bolt et Michael Phelps ont pu concurrencer les athlètes britanniques.

Toute la presse a été emportée par cette fièvre nationaliste. Le directeur général de la BBC, Mark Thompson, a même été contraint de ramener ses troupes à la raison. Il souhaite que les programmes des différentes chaînes du groupe public “reflète pleinement les autres grands exploits sportifs et histoires humaines des Jeux de Londres”. Il faut dire que la réussite britannique a été stupéfiante : 3ème place au classement des médailles pour le Team GB avec 25 titres.

Il fallait s'appeler Michael Phelps pour pouvoir rivaliser avec les athlètes britanniques dans la couverture médiatique des JO. © Franck Mathevon / Radio France Il fallait s’appeler Michael Phelps pour pouvoir rivaliser avec les athlètes britanniques dans la couverture médiatique des JO. © Franck Mathevon / Radio France

Quand la France remporte la Coupe du monde de football, le pouvoir en place en tire les bénéfices. Même cause, mêmes effets à Londres. De nombreuses figures du parti conservateur essaient de profiter de l’éclat des succès britanniques. Champion de la récupération politique : Boris Johnson, l’excentrique maire de Londres, que la réussite des JO pourrait propulser au 10 Downing Street selon plusieurs sondages. Naturellement, le Premier ministre David Cameron n’est pas en reste.

L’organisation générale des JO n’a pas connu de couacs majeurs, mais l’expérience olympique a été éprouvante pour certains spectateurs. Enorme raté par exemple hier soir à la North Greenwich Arena, théâtre de la demi-finale de basket féminin France-Russie. Des milliers de personnes devaient récupérer sur place leurs billets achetés sur internet. Seules quatre caisses étaient ouvertes pour retirer les précieux sésames. D’où une immense file d’attente, de plusieurs heures! Des centaines de spectateurs ont manqué le début de la rencontre.

De même, s’il est vrai que Londres a évité le pire dans les transports, mieux vaut ne pas demander leur avis sur la question aux usagers du métro bloqués aux heures de pointe dans des rames bondées. C’est arrivé à plusieurs reprises pendant les Jeux. Et sur les routes, les voies olympiques réservées aux athlètes, aux médias et aux officiels, ont entraîné d’inévitables embouteillages, surtout dans l’est de la ville, près du Parc olympique.

Voilà, fin de ce billet, goutte d’eau anti-JO dans un océan de louanges. Souvent méritées, j’avoue.