Et si la Reine mourait demain…

Attention, article de lèse-majesté. Comment oser ne serait-ce qu’évoquer l’hypothèse de la mort de la Reine alors qu’Elizabeth II, qui vient de fêter ses 87 ans, semble en pleine forme ?

Le sujet est tabou au Royaume-Uni. Benedict Brogan, directeur adjoint de la rédaction du conservateur et monarchiste Daily Telegraph, admet qu’il est difficile d’aborder cette question même si, bien sûr, tous les médias britanniques s’y préparent en secret. “Pendant un temps, le pays va s’effondrer”, dit-il.

Deux événements récents ont relancé les spéculations. D’abord, la Reine a connu une alerte de santé en février. Elle a souffert d’une gastro-entérite suffisamment sérieuse pour l’obliger à passer une nuit à l’hôpital et annuler plusieurs engagements officiels. Fin mars, dans le Sunday Mirror, l’ancien vice-Premier ministre travailliste John Prescott a proposé qu’Elizabeth II abdique si elle ne se sent plus en mesure d’assumer la charge de ses fonctions. Sans surprise, tout le monde lui est tombé dessus mais cette tribune n’aurait même pas été publiée il y a quelques années.

La mort de Margaret Thatcher a aussi rappelé aux Britanniques que les grandes figures du pays n’étaient pas éternelles. Les funérailles quasi-nationales de la Dame de Fer ont été perçues comme une répétition générale.

Mais soyons clairs, rien ne peut être comparé à la mort de la Reine. Un tel événement serait, comment dire… énorme, colossal, historique. “Thatcher à côté, c’est peanuts”, assure un journaliste britannique dont il vaut mieux taire le nom pour sa carrière.

Si la Reine mourait demain, le Royaume-Uni serait en état de choc. Londres se préparerait aux obsèques sans doute les plus grandioses que le pays ait jamais connu. Trois fois par an, de hauts fonctionnaires se réunissent pour affiner les préparatifs et ne pas être pris au dépourvu (sont aussi discutées les funérailles du prince Philip et du prince Charles). Les chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier feraient le déplacement. Des centaines de milliers, des millions de personnes se rendraient à Londres pour assister à la procession du cercueil dans les rues de la ville. Auparavant, comme toujours lors d’obsèques nationales, la dépouille d’Elizabeth II aura été exposée plusieurs jours dans un lieu emblématique où les Britanniques lui auront rendu hommage.

La Reine est un symbole, un dénominateur commun, un socle, objet de respect, d’admiration, d’amour. Elle incarne son pays et unit son peuple. Le prince Charles qui lui succèdera sur le trône est un personnage controversé, une figure qui divise, dont on rit volontiers même si sa popularité est en hausse.

Le Royaume-Uni perdrait beaucoup en perdant sa Reine.

La monarchie britannique entend retarder la funeste échéance. Elizabeth II a encore honoré plus de 400 engagements officiels l’an dernier mais son programme a été récemment allégé. Elle délègue de plus en plus. Ses enfants et petits-enfants la représentent souvent. Elle marche moins, passe plus de temps à Windsor, prend rarement l’avion. Elle pourrait même ne pas se rendre au sommet biennal du Commonwealth en novembre prochain au Sri Lanka.

Sa santé est réputée robuste et les Britanniques la voient centenaire, comme sa mère Elizabeth Bowes-Lyon, morte à 101 ans en 2002.