Non, le Royaume-Uni ne va pas si bien

En apparence, le Royaume se porte à merveille. Les indicateurs économiques sont presque tous au vert. La croissance dépasse 3% sur un an. Le chômage est tombé sous la barre des 7% de la population active. L’inflation est jugulée. Le déficit public est passé de 11% du PIB en 2008-2009, pendant la crise financière, à 6,5% cette année.

Non, le Royaume-Uni ne va pas si bien © Franck Mathevon / Radio France Non, le Royaume-Uni ne va pas si bien © Franck Mathevon / Radio France

Mais beaucoup de Britanniques ne ressentent pas les effets de la reprise. Les emplois à temps partiel se sont multipliés ces derniers temps. Les entreprises ont fait signer à leurs salariés plus d’un million 400.000 contrats “zéro heure”, ces contrats précaires sans aucune garantie d’un minimum horaire. Dans le secteur public, des centaines de milliers de postes ont été supprimés. Les salaires des fonctionnaires ont été gelés de 2010 à 2012, puis les augmentations ont été plafonnées à 1% par an. L’inflation a dépassé 15% sur cette période, entraînant une forte baisse du pouvoir d’achat. Et l’Etat sera au régime sec jusqu’en 2018, a annoncé le ministre des Finances George Osborne. Pour protester contre cette cure d’austérité, un million de salariés de la fonction publique, enseignants, agents municipaux, pompiers… étaient en grève jeudi 10 juillet. Ils subissent de plein fouet la crise du coût de la vie (cost of living crisis) dont parle sans cesse l’opposition travailliste.

La reprise n’est donc pas perçue par tous et elle n’est pas aussi spectaculaire que le prétend le gouvernement. Certes, la croissance est de retour mais en 2008, la récession fut vertigineuse dans un pays très dépendant de son secteur financier. Ainsi l’économie britannique n’a-t-elle pas encore retrouvé son niveau d’avant-crise. De ce point de vue, même la France, pourtant cancre de l’Europe, fait mieux. Par ailleurs, la dette publique continue à augmenter, au moins jusqu’en 2016. Et il faut ajouter à cela trois inquiétudes pointées récemment par le Financial Times : la faible productivité, le lourd déficit commercial, et le gonflement de la bulle immobilière (26% de hausse des prix sur un an à Londres!).

Alors bien sûr, il ne faudrait pas peindre un tableau trop sombre de la situation britannique. L’économie du pays s’est clairement redressée, dans des proportions inattendues, et la coalition au pouvoir n’y est sans doute pas étrangère. Mais il faut prendre avec des pincettes les éloges de la presse anglaise de droite qui tresse opportunément des lauriers à David Cameron à moins d’un an des élections générales.

La colère du secteur public n’infléchira pas la politique du gouvernement. Elle sera sans doute vite oubliée dans un pays où les lendemains des mouvements sociaux chantent rarement. Elle traduit pourtant un vrai malaise, et la crainte d’une rechute.

 
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L'auteur

Depuis Londres, Franck Mathevon couvre pour Radio France l'actualité du Royaume-Uni.

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