Thatcher, place aux historiens

Margaret Thatcher est morte. Ses cendres et celles de son mari Denis seront bientôt mises en terre au cimetière du Royal Hospital de Chelsea, à Londres. Les journalistes racontent depuis dix jours les divisions d’un Royaume désuni qui a perdu sa figure politique la plus controversée (ne ratez pas les excellentes émissions de Daniel Mermet et de son équipe cette semaine sur Inter).

Hier, les obsèques de Maggie n’ont pas occasionné d’incidents majeurs mais elles ont permis de mesurer une fois de plus le fossé béant entre pro et anti Thatcher.

Sur cette vidéo, des manifestants scandent “Waste of money” (gaspillage d’argent) pour dénoncer le coût des funérailles de la Dame de Fer, estimées à plus de 10 millions d’euros par la presse anglaise.

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George Osborne, lui, ministre de l’Economie et chantre de l’austérité budgétaire, ne peut retenir ses larmes lors de la cérémonie des obsèques à la cathédrale St Paul.

© DR

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Deux mondes. Deux Grandes-Bretagnes.

On l’a dit et répété, la mort de Thatcher a réveillé les rancœurs endormies des années 80, la lutte des classes, l’humiliation des uns, le triomphe des autres. “D’une certaine manière, nous sommes tous des Thatchériens”, a osé hier David Cameron (à écouter l’interview de BBC Radio 4 ici, après 2′10). Absurde.

Place maintenant aux historiens. À eux de dresser l’inventaire.

Ce jeudi 18 avril, deux extraits d’éditoriaux résument le dilemme. D’après le Times, “l’ère Thatcher a clos plusieurs débats politiques qu’aucun parti n’a le désir de rouvrir”. Pour le Guardian, “l’héritage de Thatcher (sa legacy), ce n’est pas UNE nation mais DEUX”.

Les réformes, les idées de Margaret Thatcher peuvent rarement être classées sans discussion dans la colonne actif ou passif du bilan de ses années au pouvoir.

Le triomphe de l’individualisme ?

L’affaiblissement du pouvoir des syndicats ?

La glorification de l’armée et de la nation, la promotion de l’économie de marché, les privatisations, l’alliance avec les Etats-Unis…?

Chacun a son opinion.

Pour les uns, Thatcher a donné une chance à ceux qui n’en avaient pas dans une société figée et déclinante. Elle a remis sur pied un pays à genoux.

Pour les autres, elle a creusé les inégalités sociales, anéanti l’industrie, dégradé les services publics, accru les disparités régionales, humilié les faibles.

L’Histoire tranchera…

…peut-être.