The Economist “se paie” François Hollande

“The rather dangerous Monsieur Hollande” : c’est la une de The Economist daté du 28 avril. Inutile de traduire, le magazine libéral britannique vote Nicolas Sarkozy à la présidentielle française. On notera toutefois une légère nuance : rather dangerous, plutôt dangereux, une référence au “I’m not dangerous” prononcé par François Hollande lors de sa visite fin février à Londres. Le jugement n’est donc pas radical. Quoique…

The Economist dans les kiosques ce samedi © DR The Economist dans les kiosques ce samedi © DR

The Economist estime que l’élection du candidat socialiste “serait une mauvaise chose pour son pays et pour l’Europe”. Il n’accorde qu’un bon point à François Hollande : sa volonté de renégocier l’exigeant Traité fiscal européen souhaité par l’Allemagne. Mais pour de mauvaises raisons, selon le journal : “c’est surtout une résistance au changement et une volonté de préserver à tout prix le modèle social français”.

Voilà pour les amabilités. Le reste de l’éditorial est totalement à charge. “Le programme de M. Hollande est une bien pauvre réponse” à tous les problèmes de la France : “une dette publique élevée, en hausse constante”, un déficit commercial permanent “depuis 35 ans”, “un chômage persistant”, “des banques sous-capitalisées”, un Etat trop fort à “56% du PIB” qui va encore “grossir” avec le recrutement de 60.000 enseignants.

N’en jetez plus. Pourtant, le magazine n’encense pas Nicolas Sarkozy à qui il reproche une politique“protectionniste”, “anti-immigration”, et un “ton anti-européen” pendant la campagne. Mais le président-candidat est un moindre mal, il faut surtout “rester à l’abri de M. Hollande”.

The Economist, semaine du 31 mars. © DR The Economist, semaine du 31 mars. © DR

The Economist semble se faire une spécialité du French-bashing. Il a récemment vitupéré la campagne présidentielle française : “France in denial”, la France dans le déni (édition du 31 mars). Les différents candidats à l’Elysée étaient accusés par le journal de passer sous silence les vrais problèmes du moment, la crise de la dette et les soucis de la zone euro, auxquels Nicolas Sarkozy et François Hollande n’apportent aucune solution.

Bien sûr, The Economist n’a aucune influence sur la campagne électorale française. Mais bien qu’il s’agisse d’un magazine idéologiquement marquée (libéral, pro-européen, partisan d’un Etat faible), son excellente réputation, son histoire, lui donnent un certain poids dans le débat politique en Europe. C’est le journal des élites, et François Hollande aurait préféré un jugement plus clément.

Dans l’ensemble, le candidat socialiste n’est guère soutenu par la presse britannique. Les journaux conservateurs sérieux, le Times et le Daily Telegraph, votent Nicolas Sarkozy. Quand ils se penchent sur l’élection française, ce qui est rare, le Sun et le Daily Mail, les puissants tabloïdes de droite, se font un plaisir d’éreinter François Hollande.

Seul le Guardian (centre-gauche) est sans surprise du côté du PS.

Et le candidat socialiste peut aussi compter à Londres sur le discret soutien, plus inattendu, du Financial Times. Le quotidien économique européen de référence a écrit plusieurs papiers à charge sur Nicolas Sarkozy et“ses promesses non tenues”. Il approuve par ailleurs le pacte de croissance voulu par François Hollande en Europe, à l’heure où les politiques de rigueur sont de plus en plus contestées sur le continent. Le Financial Times a beau ne pas être aussi à droite qu’on pourrait le croire, difficile de ne pas s’étonner que le quotidien de la City observe d’un oeil aussi bienveillant l’adversaire du monde de la finance.