Le virage à droite du parti conservateur

Vendredi dernier, un séisme politique a secoué l’establishment britannique. Le parti UKIP (prononcer youkip) a obtenu un score historique aux élections locales dans la majorité des comtés anglais : 23% des voix, 143 sièges gagnés. Il n’avait que 8 conseillers auparavant !

Le mouvement radical de droite, dont les deux principaux projets sont le retrait immédiat de l’Union européenne et le gel de l’immigration, rivalise maintenant avec les deux grands partis du pays. Les travaillistes ne récoltent que 29% des voix et les conservateurs 25%. Les libéraux-démocrates plafonnent à 14% des suffrages.

Photo géniale du trublion Nigel Farage samedi à la une du Times. © DR

Photo géniale du trublion Nigel Farage samedi à la une du Times. © DR

La percée du UKIP était attendue, on en avait parlé dans ce blog, mais pas dans ces proportions.

Le parti a chipé des voix à toutes les grandes formations politiques, en particulier bien sûr aux conservateurs. Et depuis vendredi, les Tories se demandent comment ramener aux vertus conservatrices les électeurs tentés par le diable UKIP.

David Cameron et ses troupes croient avoir trouvé la solution : un grand coup de volant à droite. Et leurs alliés libéraux-démocrates semblent trop faibles pour pouvoir rétablir la direction.

D’abord, de nombreuses figures du parti appellent à une plus grande fermeté sur l’Europe. Il ne suffit pas de proposer un référendum après 2015, il faut organiser une consultation tout de suite. Dans une tribune publiée hier dans le Times, Nigel Lawson, ancien ministre des Affaires étrangères de Thatcher, qui a voté pour l’adhésion à l’UE en 1975, estime qu’il est temps de quitter l’Europe. La santé économique du Royaume-Uni en dépend, écrit-il. Son argumentaire enchante les eurosceptiques et embarrasse David Cameron. Le Premier ministre n’écarte pas un vote au Parlement avant la fin de la législature sur l’organisation d’un référendum pour montrer sa bonne volonté aux Britanniques, toujours aussi peu convaincus par le projet européen.

Ensuite, le gouvernement durcit sa politique en matière d’immigration. David Cameron a déjà haussé le ton fin mars et aujourd’hui, le traditionnel discours de la Reine présentant les grandes orientations politiques de l’année à venir s’est focalisé sur l’immigration. Les immigrés illégaux auront un accès réduit au NHS (le service public de santé). Ils ne pourront plus passer le permis de conduire. Les étrangers criminels pourront être expulsés plus facilement du territoire. Les propriétaires auront le droit de vérifier si leurs locataires sont en règle vis-à-vis des services de l’immigration. Les entreprises qui embauchent des clandestins seront sanctionnées plus sévèrement.

Le message est clair : Electeurs du UKIP, ne vous égarez pas, votez conservateur ! Une stratégie dangereuse.

Le UKIP ne séduit pas les Britanniques seulement pour ce qu’il propose mais aussi pour ce qu’il est : un parti hors système, anti-establishment, comme toutes les formations populistes européennes. Un avantage concurrentiel que les trois partis de gouvernement n’auront par définition jamais.

Il attire aussi des électeurs en raison de la personnalité de son leader, le charismatique Nigel Farage, devenu une figure incontournable de la vie politique du pays. A ses côtés, le Tory David Cameron, le lib-dem Nick Clegg, et surtout le Labour Ed Miliband font pâle figure. On ne voit guère que le maire de Londres Boris Johnson pour rivaliser.

Enfin, l’imitation ne vaut jamais l’original. La manœuvre est rarement payante en politique, surtout au Royaume-Uni. En 2001, William Hague, alors chef de l’opposition conservatrice, l’avait appris à ses dépens. Son virage à droite pendant la campagne lui avait valu une belle gifle électorale face à Tony Blair.

Pendant ce temps, Nigel Farage se frotte les mains. Son parti est au cœur du jeu politique. Et vise la première place aux européennes en 2014.